[Sourate Yûsuf (12), verset 18]
« Ils apportèrent sa tunique entachée d’un sang mensonger. Il dit : “Vos propres âmes vous ont plutôt suggéré une machination ; il ne reste donc qu’une belle patience. Et c’est Allah dont on implore le secours contre ce que vous avancez.” »
Commentaire du verset :
« Ils apportèrent sa tunique entachée d’un sang mensonger. »
Première question : — Au sujet de l’expression « d’un sang mensonger ».
Mujâhid rapporte : c’était le sang d’un chevreau ou d’un cabri qu’ils avaient immolé. Qatâdah dit : c’était le sang d’une gazelle. Autrement dit, ils étaient venus avec sur sa tunique un sang mensongèrement attribué à Yûsuf. Le texte qualifie ainsi le sang par le terme dérivé de l’infinitif « kadhb » (mensonge), de sorte que le sens implicite est : « un sang chargé de mensonge ». De même que, dans l’expression coranique : « Et interroge le village » (Yûsuf, 82), le sujet et l’objet peuvent être désignés par l’infinitif. On dit également : « voici le frapper du prince », c’est-à-dire la personne frappée ; « une eau s-k-b » pour « versée » ; « une eau g-w-r » pour « profonde » ; « un homme ‘adl » pour « équitable ».
Al-Hassan et ‘Â’ishah ont lu : « d’un sang k-d-b » (avec un dâl non pointé), c’est-à-dire d’un sang frais ; on appelle ainsi le sang encore récent. Il a aussi été rapporté que ce terme désigne le sang altéré, selon ash-Sha‘bî. Le mot « k-d-b » peut également désigner la tache blanchâtre qui apparaît sous les ongles des jeunes gens ; il se pourrait donc que la couleur du sang sur la tunique ait été comparée à cette blancheur, du fait du contraste des deux teintes.
Deuxième question : — Nos savants, qu’Allah leur fasse miséricorde, ont expliqué que, lorsqu’ils voulurent prendre le sang pour signe de véracité, Allah lui associa un autre signe qui le contredisait : l’intact de la tunique, exempte de la moindre déchirure. En effet, il est impossible qu’un loup dévore Yûsuf alors qu’il porte sa tunique et que celle-ci demeure sans la moindre entaille. Lorsque Ya‘qûb – sur lui la paix – examina la tunique et n’y trouva ni déchirure ni trace, il en déduisit leur mensonge et leur dit : « Depuis quand ce loup serait-il assez habile pour manger Yûsuf sans déchirer sa tunique ? » Cela est rapporté d’Ibn ‘Abbâs et d’autres.
Isra’îl a rapporté de Simâk ibn Harb, d’après ‘Ikrimah, d’après Ibn ‘Abbâs : « Le sang était celui d’un chevreau. » Sufyân rapporte, de Simâk, d’après ‘Ikrimah, d’après Ibn ‘Abbâs : « Lorsqu’il l’examina, il dit : “Vous avez menti ; si le loup l’avait dévoré, il aurait déchiré la tunique.” »
Al-Mâwardî mentionne qu’il y eut, à propos de cette tunique, trois signes (âya) : le premier, lorsqu’ils la présentèrent entachée d’un sang mensonger ; le deuxième, lorsqu’elle fut déchirée par-derrière (dans l’affaire de la femme du gouverneur) ; le troisième, lorsqu’elle fut posée sur le visage de son père et qu’il recouvra la vue.