Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Et de même au matin.

« Nous paîtrons et nous jouerons »

– Avec le nûn et en muettant le ‘ayn : telle est la lecture des gens de Basra.
– La lecture connue des Mecquois est : « نَرْتَعِ » (avec le nûn et le ‘ayn vocalisé par une kasra).
– La lecture des Kufiens est : « يَرْتَعْ وَيَلْعَبْ » (avec le yā’ et le ‘ayn muette).
– Quant à la lecture des Médinois, elle se lit avec le yā’ et le ‘ayn cassée.

La première lecture renvoie à la parole des Arabes : « رَتَعَ الإنسانُ والبعيرُ » lorsqu’un homme ou un chameau mange à sa guise.
Le sens est donc : « nous nous ébattrons dans l’abondance », car tout lieu fertile est qualifié de « rat‘ ».

Le poète a dit :
« Profite donc, ô Fazāra, puisse jamais le pâturage ne te manquer ! »

Un autre a dit :
« Elle paît lorsqu’elle est distraite ; puis, quand le souvenir l’étreint… ce ne sont qu’allées et venues. »

Un autre encore a dit :
« Serait-ce donc une ingratitude après que la mort fut écartée de moi,
et après ton don de cent chamelles grasses ? »

c’est-à-dire : grasses en raison de l’abondance du pâturage.

Maʿmar rapporte d’après Qatāda que « تَرْتَعُ » signifie : « elle court ».

An-Naḥḥās explique qu’il l’a tiré de la parole : « إِنَّا ذَهَبْنَا نَسْتَبِقُ » (« Nous sommes partis faire la course »), car le sens est : nous rivalisions à la course jusqu’à un but précis. Il en est de même pour « يَرْتَعْ » (avec le ‘ayn muette) mais, ici, cela concerne seulement Yūsuf – paix sur lui. Quant à « يَرْتَعِ » (avec le ‘ayn cassée), il vient de « faire paître les brebis », c’est-à-dire afin qu’il s’exerce et apprenne à marcher ; tantôt il paît, tantôt il joue, du fait de son jeune âge.

Al-Qutaybī a dit : « نَرْتَعُ » signifie : « nous faisons bonne garde et nous nous protégeons mutuellement », comme dans l’expression : « رَعَاكَ اللَّهُ » – qu’Allāh te préserve.

« وَنَلْعَبُ » vient du mot « jeu ». On demanda à Abū ʿAmr ibn al-ʿAlā’ : comment ont-ils pu dire « et nous jouerons » alors qu’ils sont des prophètes ? Il répondit : « Ils n’étaient pas encore prophètes à ce moment-là. »

On a également dit que le « jeu » visé est le divertissement permis, synonyme de détente, et non le jeu blâmable opposé à la vérité ; c’est pourquoi Yaʿqūb ne désavoua pas leur parole : « et nous jouerons ».

C’est dans ce sens que le Prophète – paix et salut sur lui – a dit :
« Pourquoi n’épouses-tu pas plutôt une vierge, afin que tu puisses la divertir et qu’elle te divertisse ? »

وَكَذَا بُكْرَةً. " نَرْتَعْ وَنَلْعَبْ" بِالنُّونِ وَإِسْكَانِ الْعَيْنِ قِرَاءَةُ أَهْلِ الْبَصْرَةِ. وَالْمَعْرُوفُ مِنْ قِرَاءَةِ أَهْلِ مَكَّةَ. " نَرْتَعِ" بِالنُّونِ وَكَسْرِ الْعَيْنِ. وَقِرَاءَةِ أَهْلِ الْكُوفَةِ. " يَرْتَعْ وَيَلْعَبْ" بِالْيَاءِ وَإِسْكَانِ الْعَيْنِ. وَقِرَاءَةِ أَهْلِ الْمَدِينَةِ بِالْيَاءِ وَكَسْرِ الْعَيْنِ، الْقِرَاءَةُ الْأُولَى مِنْ قَوْلِ الْعَرَبِ رَتَعَ الْإِنْسَانُ وَالْبَعِيرُ إِذَا أَكَلَا كَيْفَ شَاءَا، وَالْمَعْنَى: نَتَّسِعْ فِي الْخِصْبِ، وَكُلُّ مُخْصِبٍ رَاتِعٌ، قَالَ: فَارْعَيْ فَزَارَةُ لَا هَنَاكِ الْمَرْتَعْ وَقَالَ آخَرُ «١» : تَرْتَعُ مَا غَفَلَتْ حَتَّى إِذَا ادَّكَرْتَ ... فَإِنَّمَا هِيَ إِقْبَالٌ وَإِدْبَارٌ وَقَالَ آخَرُ «٢» : أَكُفْرًا بَعْدَ رَدِّ الْمَوْتِ عَنِّي ... وَبَعْدَ عَطَائِكَ الْمِائَةَ الرِّتَاعَا أَيِ الرَّاتِعَةَ لِكَثْرَةِ الْمَرْعَى. وَرَوَى مَعْمَرٌ عَنْ قَتَادَةَ " تَرْتَعُ" تَسْعَى، قَالَ النَّحَّاسُ: أَخَذَهُ مِنْ قَوْلِهِ: " إِنَّا ذَهَبْنا نَسْتَبِقُ" لِأَنَّ الْمَعْنَى: نَسْتَبِقُ فِي الْعَدْوِ إِلَى غَايَةٍ بِعَيْنِهَا، وَكَذَا " يَرْتَعْ" بِإِسْكَانِ الْعَيْنِ، إِلَّا أَنَّهُ لِيُوسُفَ وَحْدَهُ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ. وَ " يَرْتَعِ" بِكَسْرِ الْعَيْنِ مِنْ رَعْيِ الْغَنَمِ، أَيْ لِيَتَدَرَّبَ بِذَلِكَ وَيَتَرَجَّلُ، فَمَرَّةً يَرْتَعُ، وَمَرَّةً يَلْعَبُ لِصِغَرِهِ. وَقَالَ الْقُتَبِيُّ " نَرْتَعُ" نَتَحَارَسُ وَنَتَحَافَظُ، وَيَرْعَى بَعْضُنَا بَعْضًا، مِنْ قَوْلِكَ: رَعَاكَ اللَّهُ، أَيْ حَفِظَكَ. " وَنَلْعَبُ" مِنَ اللَّعِبِ وَقِيلَ لِأَبِي عَمْرِو بْنِ الْعَلَاءِ: كَيْفَ قَالُوا " وَنَلْعَبُ" وَهُمْ أَنْبِيَاءُ؟ فَقَالَ: لَمْ يَكُونُوا يَوْمئِذٍ أَنْبِيَاءَ. وَقِيلَ: الْمُرَادُ بِاللَّعِبِ الْمُبَاحُ مِنَ الِانْبِسَاطِ، لَا اللَّعِبُ الْمَحْظُورُ الَّذِي هُوَ ضِدَّ الْحَقِّ، وَلِذَلِكَ لَمْ يُنْكِرْ يَعْقُوبُ قَوْلَهُمْ " وَنَلْعَبُ" . وَمِنْهُ قَوْلُهُ عَلَيْهِ السلام: " فهلا بكرا تلاعبها وتلاعبك" «٣» .
(١). البيت للخنساء ترثى بها أخاها صخرا. ومعنى: (ترتع) ترعى. تصف ناقة أو بقرة فقدت ولدها، فكلما غفلت عنه رتعت، فإذا ادكرته حنت إليه فأقبلت وأدبرت، فضربتها مثلا لفقدها أخاها صخرا. (٢). هو القطامي. (٣). الخطاب لجابر بن عبد الله، وذكر ملا على عن القرطبي: أن الملاعبة عبارة عن الألفة التامة، فأن الثيب قد تكون معلقة القلب بالزوج الأول، فلم تكن محبتها كاملة، بخلاف البكر. ويروى: تداعبها وتداعبك. والدعابة الممازجة.

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