Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Yûsuf fut pour eux un signe éclatant dans ce qui leur avait été rapporté. En effet, ils interrogèrent le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui – alors qu’il se trouvait à La Mecque : « Parle-nous d’un Prophète qui résidait au Sham, dont le fils fut emmené en Égypte et que son père pleura jusqu’à devenir aveugle. » Or, à La Mecque, il n’y avait aucun Gens du Livre ni personne possédant la connaissance des récits prophétiques ; ce sont donc les Juifs, dépêchés depuis Médine, qui avaient envoyé ces hommes afin de l’interroger à ce sujet. Allah – Puissant et Majestueux – fit alors descendre la sourate « Yûsuf » d’un seul tenant ; elle contient tout ce que renferme la Thora, et même davantage. Ce fut pour le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – un signe, à l’instar de la résurrection des morts accomplie par ʿÎsâ fils de Maryam – sur lui la paix.

« Des versets (âyât) » : il s’agit d’une exhortation (mawʿiẓa). D’autres ont dit : un enseignement (ʿibra) – et l’on rapporte que, dans certains maṣâḥif, on lit précisément « ʿibra ». D’autres encore ont dit : une clairvoyance (baṣîra). D’autres enfin : un sujet d’étonnement (ʿajab), comme dans l’expression : « Un tel est une “âyah” dans la science ou la beauté », c’est-à-dire un prodige.

Al-Thaʿlabî, dans son Tafsîr, rapporte : lorsque la vision (le songe) parvint aux frères de Yûsuf, ils le jalousèrent. Ibn Zayd affirma qu’ils étaient des prophètes et qu’ils dirent : « Il ne lui suffit pas que ses frères se prosternent devant lui ; il veut encore que ses père et mère se prosternent ! » Ils le poursuivirent donc de leur inimitié – et cette opinion a déjà été réfutée.

Allah – Très-Haut – dit : « Il y a certes, dans Yûsuf et ses frères… ». Leurs noms sont : Rûbîl, l’aîné, puis Shamʿûn, Lâwî, Yahûdhâ, Ziyâlûn et Yashjar ; leur mère est Liyâ, fille de Liyân, cousine de Yaʿqûb. De deux concubines naquirent encore quatre fils : Dân, Naftâlî, Jâd et Âshir. Après la mort de Liyâ, Yaʿqûb épousa sa sœur Râḥîl, qui lui donna Yûsuf et Binyamîn. Les fils de Yaʿqûb furent ainsi au nombre de douze hommes.

Al-Suhaylî rapporte : la mère de Yaʿqûb se nommait Rifqâ ; Râḥîl mourut en couches lorsqu’elle mit au monde Binyamîn. Quant à Liyân ibn Nâhir ibn Âzar, il était l’oncle maternel de Yaʿqûb. On a également rapporté que les deux servantes se nommaient Liyâ et Taltâ : l’une appartenait à Râḥîl, l’autre à sa sœur Liyâ, et toutes deux furent offertes à Yaʿqûb. Il les réunit toutes deux dans le mariage, ce qui ne fut permis à personne après lui, conformément à la parole d’Allah : « …et qu’il vous soit interdit d’unir deux sœurs en mariage, sauf ce qui est déjà advenu » (An-Nisâ’, 23). – L’opinion d’Ibn Zayd a déjà été réfutée ; la louange appartient à Allah.

Sa parole – Très-Haut : « Quand ils dirent : “Certes Yûsuf…” ». Le terme « La-Yûsuf » est au nominatif par le statut de sujet initial ; le lâm sert ici d’insistance et marque l’entrée d’un serment, c’est-à-dire : « Par Allah, certes Yûsuf… ». « et son frère » lui est coordonné. « est plus aimé de notre père que nous » constitue le prédicat ; il ne se met ni au duel ni au pluriel, car il a valeur verbale. Ils tinrent ces propos parce que la nouvelle du songe leur était parvenue, et ils complotèrent alors pour le piéger.

« et nous sommes une ʿuṣba » : c’est-à-dire un groupe compact, et ils étaient dix. Le terme ʿuṣba désigne un nombre compris entre un et dix, selon d’autres entre un et quinze, et selon d’autres encore entre quarante et dix ; ce mot n’a pas de singulier correspondant à sa racine, à l’instar de nafar.

يُوسُفَ آيَةٌ فِيمَا خُبِّرُوا بِهِ، لِأَنَّهُمْ سَأَلُوا النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ وَهُوَ بِمَكَّةَ فَقَالُوا: أَخْبِرْنَا عَنْ رَجُلٍ مِنَ الْأَنْبِيَاءِ كَانَ بِالشَّامِ أُخْرِجَ ابْنُهُ إِلَى مِصْرَ، فَبَكَى عَلَيْهِ حَتَّى عَمِيَ؟ - وَلَمْ يَكُنْ بِمَكَّةَ أَحَدٌ مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ، وَلَا مَنْ يَعْرِفُ خَبَرَ الْأَنْبِيَاءِ، وَإِنَّمَا وَجَّهَ الْيَهُودُ [إِلَيْهِمْ] «١» مِنَ الْمَدِينَةِ يَسْأَلُونَهُ عَنْ هَذَا- فَأَنْزَلَ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ سُورَةَ " يُوسُفَ" جُمْلَةً وَاحِدَةً، فِيهَا كُلُّ مَا فِي التَّوْرَاةِ مِنْ خَبَرٍ وَزِيَادَةٍ، فَكَانَ ذَلِكَ آيَةً لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، بِمَنْزِلَةِ إِحْيَاءِ عِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ عَلَيْهِ السَّلَامُ الْمَيِّتَ. " آياتٌ" «٢» مَوْعِظَةٍ، وَقِيلَ: عِبْرَةٌ. وَرُوِيَ أَنَّهَا فِي بَعْضِ الْمَصَاحِفِ " عِبْرَةٌ" . وَقِيلَ: بَصِيرَةٌ. وَقِيلَ: عَجَبٌ، تَقُولُ فُلَانٌ آيَةٌ فِي الْعِلْمِ وَالْحُسْنِ أَيْ عَجَبٌ. قَالَ الثَّعْلَبِيُّ فِي تَفْسِيرِهِ: لَمَّا بَلَغَتِ الرُّؤْيَا إِخْوَةُ يُوسُفَ حَسَدُوهُ، وَقَالَ ابْنُ زَيْدٍ: كَانُوا أَنْبِيَاءَ، وَقَالُوا: مَا يَرْضَى أَنْ يَسْجُدَ لَهُ إِخْوَتُهُ حَتَّى يَسْجُدَ لَهُ أَبَوَاهُ! فَبَغَوْهُ بِالْعَدَاوَةِ، وَقَدْ تَقَدَّمَ رَدُّ هَذَا الْقَوْلِ. قَالَ اللَّهُ تَعَالَى: (لَقَدْ كانَ فِي يُوسُفَ وَإِخْوَتِهِ) وَأَسْمَاؤُهُمْ: رُوبِيلُ وَهُوَ أَكْبَرُهُمْ، وَشَمْعُونُ وَلَاوِي وَيَهُوذَا وزيالون ويشجر، وَأُمُّهُمْ ليا بِنْتُ ليان، وَهِيَ بِنْتُ خَالِ يَعْقُوبَ، وَوُلِدَ لَهُ مِنْ سُرِّيَّتَيْنِ أَرْبَعَةُ نَفَرٍ، دان ونفتالي وجاد وآشر، ثُمَّ تُوُفِّيَتْ ليا فَتَزَوَّجَ يَعْقُوبُ أُخْتَهَا رَاحِيلَ، فَوَلَدَتْ لَهُ يُوسُفَ وَبِنْيَامِينَ، فَكَانَ بَنُو يَعْقُوبَ اثْنَيْ عَشَرَ رَجُلًا. قَالَ السُّهَيْلِيُّ: وَأُمُّ يَعْقُوبَ اسْمُهَا رفقا، وَرَاحِيلُ مَاتَتْ فِي نِفَاسِ بِنْيَامِينَ، وليان بْنُ نَاهِرَ بْنِ آزَرَ هُوَ خَالُ يَعْقُوبَ. وَقِيلَ: فِي اسْمِ الْأَمَتَيْنِ ليا وتلتا، كَانَتْ إِحْدَاهُمَا لراحيل، والأخرى لأختها ليا، وكانتا قد وهبناهما لِيَعْقُوبَ، وَكَانَ يَعْقُوبُ قَدْ جَمَعَ بَيْنَهُمَا، وَلَمْ يَحِلَّ لِأَحَدٍ بَعْدَهُ، لِقَوْلِ اللَّهِ تَعَالَى: " وَأَنْ تَجْمَعُوا بَيْنَ الْأُخْتَيْنِ إِلَّا مَا قَدْ سَلَفَ" «٣» [النساء: ٢٣] . وَقَدْ تَقَدَّمَ الرَّدُّ عَلَى مَا قَالَهُ ابْنُ زَيْدٍ، وَالْحَمْدُ لِلَّهِ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (إِذْ قالُوا لَيُوسُفُ) " لَيُوسُفُ" رُفِعَ بِالِابْتِدَاءِ، وَاللَّامُ لِلتَّأْكِيدِ، وَهِيَ الَّتِي يُتَلَقَّى بِهَا الْقَسَمُ، أَيْ وَاللَّهِ لَيُوسُفُ. (وَأَخُوهُ) عَطْفٌ عَلَيْهِ. (أَحَبُّ إِلى أَبِينا مِنَّا) خَبَرُهُ، وَلَا يُثَنَّى وَلَا يُجْمَعُ لِأَنَّهُ بِمَعْنَى الْفِعْلِ، وَإِنَّمَا قَالُوا هَذَا لِأَنَّ خَبَرَ الْمَنَامِ بَلَغَهُمْ فَتَآمَرُوا فِي كَيْدِهِ. (وَنَحْنُ عُصْبَةٌ) أَيْ جَمَاعَةٌ، وَكَانُوا عَشَرَةً. وَالْعُصْبَةُ مَا بَيْنَ الْوَاحِدِ إِلَى الْعَشَرَةِ، وَقِيلَ: إِلَى الْخَمْسَةَ عَشَرَ. وَقِيلَ: مَا بَيْنَ الْأَرْبَعِينَ إِلَى الْعَشَرَةِ، وَلَا وَاحِدَ لَهَا مِنْ لفظها كالنفر
(١). من ع وز ك وى. (٢). في ع: آية. بالتوحيد وهو المطابق للتفسير. (٣). راجع ج ٥ ص ١١٦.

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