S’il rapportait sa vision à ses frères, ils ourdiraient des ruses contre lui. Cet extrait montre qu’il est licite de ne pas afficher un bienfait devant ceux dont on redoute la malveillance ou la jalousie.
Le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit : « Cherchez à faire aboutir vos besoins dans la discrétion, car tout privilégié est l’objet de convoitise. »
Le passage fournit également une preuve manifeste que Ya‘qoub — paix sur lui — maîtrisait l’interprétation des songes ; car il déduisit de ce rêve que Youssouf l’emporterait sur ses frères. Il n’en prit nul ombrage, puisqu’un homme souhaite que son enfant le surpasse, alors qu’un frère n’aime pas cela pour son frère.
Il indique encore que Ya‘qoub — paix sur lui — perçut mieux que ses fils la jalousie et l’aversion qu’ils nourrissaient envers Youssouf ; il lui interdit donc de leur relater sa vision, de crainte que leurs poitrines ne s’enflamment et qu’ils ne trament sa perte.
Ce récit, ainsi que ce qu’ils firent à Youssouf, montre qu’à cette époque ils n’étaient pas prophètes. At-Tabarî rapporte d’après Ibn Zayd qu’ils l’étaient, mais l’infaillibilité des prophètes face à la jalousie mondaine, à la désobéissance filiale, au fait d’exposer un croyant à la mort ou de comploter pour le tuer, réfute catégoriquement cette opinion. Nulle considération donc pour celui qui soutient qu’ils étaient prophètes ; car, si la raison n’exclut pas qu’un prophète puisse commettre une faute, la faute ici regroupe plusieurs grands péchés dont la communauté s’accorde à déclarer les prophètes préservés, bien qu’elle diverge au sujet des fautes légères comme cela a été évoqué et le sera encore.
Dixième point : Al-Bukhârî a rapporté d’après Abou Hourayrah que j’ai entendu le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — dire : « Il ne reste de la prophétie que les annonciations. » On demanda : « Quelles sont les annonciations ? » Il répondit : « Le songe véridique. »
Pris à la lettre, ce hadith laisse entendre que le rêve est toujours une bonne nouvelle, ce qui n’est pas le cas ; car le songe véridique peut constituer un avertissement d’Allah — Exalté soit-Il — qui n’enchante pas forcément celui qui le voit. Allah le montre au croyant par sollicitude et miséricorde afin qu’il se prépare à l’épreuve avant qu’elle n’arrive ; s’il en comprend l’interprétation par lui-même, tant mieux, sinon qu’il interroge quelqu’un qui en a la compétence.
Ainsi, l’imâm Ash-Shâfi‘î — qu’Allah l’agrée —, alors qu’il se trouvait en Égypte, eut un rêve au sujet d’Ahmad ibn Hanbal annonçant son épreuve ; il lui écrivit pour qu’il s’y prépare.
Il a déjà été question, dans la sourate Younous, à propos du verset : « Ils auront la bonne nouvelle dans la vie d’ici-bas » [Younous, 64], qu’il s’agit du songe pieux. Tel est le sens retenu, et le hadith d’Al-Bukhârî se comprend de manière générale. Allah sait mieux.