« J’ai vu que la partie antérieure de mon épée s’était brisée et que des vaches étaient égorgées ; je l’ai interprété comme l’annonce qu’un homme de ma famille serait tué, et que ces vaches représentaient un groupe de mes compagnons qui seraient, eux aussi, mis à mort.
J’ai vu ensuite que j’introduisais mes deux mains dans une cuirasse solidement renforcée ; je l’ai interprétée comme la cité (al-Madînah).
Et j’ai vu qu’il y avait à mes poignets deux bracelets ; je les ai interprétés comme deux imposteurs qui apparaîtront après moi.»
Il existe bien d’autres visions auxquelles on a donné des exemples : certaines dont le sens apparaît immédiatement et sont aussitôt interprétées, d’autres dont le sens ne se révèle qu’après mûre réflexion. Ainsi, l’homme qui vivait à l’époque de Yûsuf – que la paix soit sur lui – vit des vaches, et Yûsuf les interpréta comme des années ; il vit également onze étoiles, et il les interpréta comme ses frères ainsi que ses père et mère.
Septième point
Si l’on objecte : « Yûsuf, sur lui la paix, était encore jeune lorsque cette vision lui advint, or un enfant n’a pas la pleine maîtrise de ses actes ; comment donc une vision pourrait-elle avoir pour lui valeur de jugement, au point que son père lui dise : “Ne raconte pas ta vision à tes frères” ? », la réponse est que la ruʾyâ est – comme nous l’avons déjà expliqué – une perception réelle. Elle peut donc provenir d’un enfant, tout comme il lui arrive, à l’état d’éveil, d’avoir une perception vraie. Lorsqu’il rapporte ce qu’il voit, il le fait avec véracité ; il en est de même lorsqu’il relate ce qu’il a vu en songe. Allah – exalté soit-Il – a rapporté sa vision et affirmé qu’elle s’est réalisée exactement comme il l’avait vue ; il n’y a donc pas lieu de la contester. On rapporte que Yûsuf, sur lui la paix, avait alors douze ans.
Huitième point
Ce verset constitue un fondement montrant qu’il ne convient pas de raconter une vision à quelqu’un qui ne vous est pas affectueusement dévoué, qui ne vous veut pas du bien ou qui ne maîtrise pas son interprétation.
Abû Razîn al-‘Uqaylî rapporte que le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – a dit : « La vision véridique est une part sur quarante de la prophétie. »
Et il a dit : « Le rêve est suspendu à la patte d’un oiseau tant que son auteur ne l’a pas raconté ; lorsqu’il le raconte, il se réalise. Ne le racontez donc qu’à un homme doué de raison, à un ami ou à un conseiller. »
Ce hadith est rapporté par at-Tirmidhî, qui le qualifie de hasan sahîh. Abû Razîn se nomme Laqît ibn ‘Âmir.
On demanda à l’imâm Mâlik : « Tout un chacun peut-il interpréter les rêves ? » Il répondit : « Se joue-t-on de la prophétie ? » Il ajouta : « N’interprète les rêves que celui qui en a la compétence. S’il voit quelque chose de bon, qu’il l’annonce ; s’il voit quelque chose de déplaisant, qu’il dise du bien ou qu’il se taise. »
On lui demanda : « Peut-il les interpréter dans un sens favorable alors qu’à ses yeux ils signifient quelque chose de fâcheux, invoquant la parole de celui qui dit que la vision advient selon la manière dont on l’a interprétée ? » Il répondit : « Non ! » Puis il ajouta : « La vision est une part de la prophétie ; on ne se joue pas de la prophétie. »
Neuvième point
Ce verset prouve également qu’il est permis à un musulman de mettre en garde son frère musulman contre une personne dont il craint le tort pour lui ; cela ne relève pas de la médisance, car Ya‘qûb – sur lui la paix – a bel et bien mis en garde Yûsuf.