« L’expression « لَمَّا » a le sens de « إِلَّا » (sauf / excepté). Les linguistes rapportent l’exemple suivant : « سَأَلْتُكَ بِاللَّهِ لَمَّا فَعَلْتَ », c’est-à-dire : « je t’en conjure par Allâh, fais-le donc », autrement dit : « إِلَّا فَعَلْتَ ». On trouve la même construction dans la Parole du Très-Haut :
« إِنْ كُلُّ نَفْسٍ لَمَّا عَلَيْهَا حَافِظٌ » [At-Târiq : 4], c’est-à-dire : « il n’est pas d’âme sauf qu’un gardien est préposé sur elle ». Le sens de notre verset devient donc : « Il n’en est aucun parmi eux sans que ton Seigneur ne leur paie intégralement leurs œuvres. »
Al-Qushayrî rapporte que Az-Zajjâj a réfuté cette explication, au motif qu’il n’y a ici aucune négation préalable dans l’expression « وَإِنَّ كُلًّا لَمَّا » qui permette d’y sous-entendre « إِلَّا » ; on ne dirait pas, par exemple : « ذَهَبَ النَّاسُ لَمَّا زَيْدٍ » (« Tous les gens sont partis sauf Zayd »).
Quatrième opinion : Abû ‘Uthmân al-Mâzinî estime que la forme originelle est « وَإِنَّ كُلًّا لَمَا » avec « لَمَّا » allégée, puis qu’elle a été durcie — à l’instar du vers poétique :
« لَقَدْ خَشِيتُ أَنْ أَرَى جَدَبًا … فِي عَامِنَا ذَا بَعْدَ مَا أَخْصَبَّا ».
Az-Zajjâj réplique que c’est erroné : on allège le redoublé, on ne durcit pas l’allégé.
Cinquième opinion : Abû ‘Ubayd al-Qâsim b. Sallâm considère que la gémination peut provenir du verbe « لَمَمْتُ الشَّيْءَ أَلُمُّهُ لَمًّا » qui signifie « rassembler ». Le mot aurait alors été bâti sur ce radical, comme on lit également « ثُمَّ أَرْسَلْنَا رُسُلَنَا تَتْرَا » [Al-Mu’minûn : 44] avec ou sans tanwîn ; dans ce cas, le alif final sert au féminin et, pour ceux qui pratiquent l’imâlah, la voyelle s’infléchit.
Az-Zajjâj conclut : l’opinion exclusive, selon moi, est que « لَمَّا » est la forme allégée de l’accentué et qu’elle signifie « مَا » (négation), exactement comme dans « إِنْ كُلُّ نَفْسٍ لَمَّا عَلَيْهَا حَافِظٌ » [At-Târiq : 4]. La forme géminée retourne alors à son état originel et signifie également « مَا », tandis que « لَمَّا » prend le sens de « إِلَّا ». C’est ce qu’ont rapporté Al-Khalîl, Sîbawayh et l’ensemble des grammairiens de Basra, qui admettent l’emploi de « لَمَّا » au sens de « إِلَّا ».
Je (l’auteur) précise : c’est cette explication qu’Az-Zajjâj a retenue — ainsi que l’ont rapporté An-Naḥḥâs et d’autres — bien qu’il l’ait auparavant affaiblie ; la correction est toutefois que, dans l’exemple précédent, « إِنْ » était négative, tandis qu’ici elle est la forme allégée de « إِنَّ » (affirmative) ; les deux cas diffèrent donc.
Il subsiste deux lectures coraniques : Abû Ḥâtim rapporte que, dans le muṣḥaf d’Abî (ibn Ka‘b), on lit : « وَإِنَّ كُلًّا إِلَّا لَيُوَفِّيَنَّهُمْ » [Hûd : 111]. Il est également rapporté de l’imâm Al-A‘mash : « وَإِنْ كُلٌّ لَمَّا » — avec « إِنْ » allégée (sens de « ما »), « كُلٌّ » au nominatif, et « لَمَّا » géminée.
An-Naḥḥâs commente : ces lectures qui divergent du rasm officiel supposent que « إِنْ » signifie « مَا » (négation) ; elles relèvent alors de l’interprétation (tafsîr), car il n’est permis de réciter autrement que le rasm que sous cette forme.
(إِنَّهُ بِمَا يَعْمَلُونَ خَبِيرٌ)
« Il est, certes, parfaitement Informé de ce qu’ils font. »
Il s’agit là d’une menace et d’un avertissement.