La construction grammaticale exige qu’une lettre lâm soit introduite soit sur le prédicat, soit sur le sujet de « inna », comme dans l’exemple : « Inna Llâha la-ġafûrun raḥîm » (« Certes, Allah est Pardonneur, Miséricordieux »), ou dans Sa parole : « Inna fî dhâlika la-dhikrâ ».
Le lâm de « la-yuwaffiyannahum » est le lâm par lequel on accueille le serment ; il précède le verbe et requiert la présence de la nûn redoublée ou allégée. Les deux lâm s’étant rencontrés, on les a séparés par « mâ », lequel est ici un ajout destiné à renforcer le sens.
Al-Farrâʾ a déclaré que « mâ » signifie « man », comme dans la parole divine : « Wa-inna minkum la-man la-yubattiʾanna » (An-Nisâʾ, 72), c’est-à-dire : « et certes chacun d’eux sera assurément en retard ». Ainsi, « wa-inna kullan la-man la-yuwaffiyannahum » signifierait : « et certes chacun d’eux, assurément, Il lui donnera pleine rétribution ». Le lâm de « la-yuwaffiyannahum » introduit donc le serment. Cette explication rejoint celle d’az-Zajjâj, si ce n’est que, pour az-Zajjâj, « mâ » est un mot surnuméraire, alors que, pour al-Farrâʾ, c’est un nom ayant la valeur de « man ».
D’autres ont dit qu’il ne s’agit pas d’un simple mot de renfort : c’est un nom précédé du lâm d’insistance ; il constitue le prédicat de « inna », tandis que « la-yuwaffiyannahum » est la réponse au serment. Le sens implicite serait alors : « et certes chacun a été créé pour que ton Seigneur lui rétribue pleinement ses œuvres ».
On a également soutenu que « mâ » équivaut à « man », comme dans : « Fankiḥû mâ ṭâba lakum mina n-nisâʾ » (An-Nisâʾ, 3) – c’est-à-dire « qui vous agrée » ; cette analyse rejoint en tous points l’opinion d’al-Farrâʾ.
Quant à ceux – Ḥamza et ceux qui l’ont suivi – qui ont renforcé « lammâ » et lu : « wa-inna kullan lammâ » (avec redoublement des deux particules), on a dit que c’était une faute linguistique. Il est rapporté de Muḥammad b. Zayd que cela n’est pas recevable ; de même, on ne dit pas : « inna Zaydan illâ la-aḍribannahu » ni « innâ lammâ laḍarabtuhu ». Al-Kisâʾî a affirmé : « Allah est plus savant quant à cette lecture ; je ne lui trouve aucune justification », et, avec Abû ʿAlî al-Fârisî, il a jugé la redoublement problématique.
An-Naḥḥâs et d’autres ont rapporté plusieurs explications grammaticales :
- L’origine serait « li-man mâ » ; la nûn devint mîm, trois mîm se trouvèrent alors successives et l’on supprima celle du milieu ; on obtint « lammâ ». Dans cette hypothèse, « mâ » signifie « man » et le sens devient : « et certes chacun de ceux qui… ». On s’appuie sur le vers : « Wa-innî lammâ uṣdiru l-amra wajhahu… ». Az-Zajjâj a rejeté cette explication, arguant que « man » est un nom de deux lettres dont aucune ne peut être retranchée.
- L’origine serait « li-min mâ » ; la mîm vocalisée kasra a été supprimée en raison de la succession des mîm, d’où : « wa-inna kullan li-min khalqin la-yuwaffiyannahum » (« et certes chacun, d’entre les créatures, Il lui donnera pleinement »).
- Lammâ serait le nom d’action dérivé de « lamma » ; il apparaît sans tanwîn, le lien syntaxique étant assimilé au cas de pause. Il est alors comparable à : « wa-taʾkulûna t-turâtha aklan lammâ » (Al-Fajr, 19) – « vous dévorez l’héritage d’une manière exhaustive ». Le sens implicite serait donc : « et certes chacun, ton Seigneur lui rétribuera pleinement ses œuvres d’une rétribution lammâ », c’est-à-dire englobant absolument toutes leurs actions, à l’image de : « qiyâman la-aqûmann ». Az-Zuhrî a lu « lammân » avec redoublement et tanwîn selon cette lecture.