Quant à l’argument : si tu n’as rien avancé ni rien articulé, on considère que celui qui parle sans disposer d’une preuve n’est pas, à proprement parler, un interlocuteur.
Certains ont dit : ce Jour sera long et comportera diverses stations et haltes ; dans certaines d’entre elles, on leur interdira la parole, et dans d’autres, on la leur permettra. Cela montre bien que « nulle âme ne parlera si ce n’est avec Sa permission ».
« Parmi eux il y aura des malheureux et des heureux » : c’est-à-dire parmi les âmes, ou parmi les hommes, ceux qu’évoque Sa parole : « un Jour où les gens seront rassemblés pour Lui ». Le malheureux est celui pour qui la damnation a été décrétée, et l’heureux celui pour qui le bonheur a été décrété. Labîd a dit :
« Parmi eux, l’heureux saisissant sa part,
et parmi eux, le malheureux résigné à sa subsistance. »
At-Tirmidhî rapporte, d’après Ibn ‘Umar, d’après ‘Umar ibn al-Khattâb : lorsque fut révélé le verset « Parmi eux un malheureux et un heureux », j’interrogeai le Messager d’Allah – Paix et salut sur lui – :
« Ô Prophète d’Allah, sur quoi devons-nous agir ? Sur une affaire déjà achevée ou sur une affaire qui ne l’est pas encore ? »
Il répondit : « Sur une affaire déjà achevée, ô ‘Umar ; les plumes en ont déjà arrêté le décret. Mais chacun est facilité vers ce pour quoi il a été créé. »
Ce hadith, dit-il, est bon et singulier sous cette chaîne, et n’est connu que par le récit d’Abd Allâh ibn ‘Umar ; il a déjà été cité dans la sourate Al-A‘râf.
La parole du Très-Haut :
« Quant à ceux qui auront été malheureux » constitue le sujet ; « ils seront dans le Feu » en est le prédicat, de même que : « ils y auront des plaintes (zafîr) et des gémissements (shahîq) ».
Abû l-‘Âliyah a dit : le zafîr provient de la poitrine et le shahîq de la gorge (et il en a aussi rapporté l’inverse).
Az-Zajjâj a déclaré : le zafîr résulte d’un gémissement intense, tandis que le shahîq provient d’un gémissement extrêmement élevé. Il ajoute que, selon les linguistes de Koufa et de Bassora, le zafîr est comparable au début du braiment de l’âne, tandis que le shahîq correspond à la fin de ce braiment. Ibn ‘Abbâs – qu’Allah l’agrée – a donné l’avis inverse : le zafîr est le son fort et le shahîq le son faible.
Ad-Dahhâk et Muqâtil disent : le zafîr ressemble au début du braiment de l’âne, et le shahîq à la fin, lorsqu’il a terminé son cri. Le poète a dit :
« Il râla dans sa poitrine un sifflement étouffé ou poussa un gémissement,
au point qu’on le crut en train de braire, alors qu’il ne braya pas. »
On a également dit : le zafîr est l’expiration – la poitrine, pleine d’angoisse, se vide alors dans l’exhalation – tandis que le shahîq est l’inspiration. D’autres ont expliqué : le zafîr est la réitération du souffle due à une profonde tristesse ; le mot vient de zafr, qui signifie « porter une lourde charge sur le dos », tant l’effort est intense.