On dit : « yabʿadu baʿadan wa buʿdan » pour exprimer qu’un homme est voué à la perdition.
Al-Mahdawî a précisé : celui qui lit « baʿudat » en mettant une ḍamma sur l’ʿayn emploie un terme qui peut convenir aussi bien au bien qu’au mal, et son nom verbal est al-buʿd. Quant à « baʿidat » (avec kasra), elle ne s’emploie que pour le mal. On dit : « baʿida yabʿadu baʿadan ». Ainsi, le mot « al-baʿad », selon la lecture retenue par la majorité, signifie la malédiction. Les deux nuances peuvent néanmoins se rejoindre, leurs sens étant proches ; il s’agit donc d’un de ces cas où le maṣdar ne reprend pas exactement la forme du verbe, en raison de la proximité sémantique.
Coran, sourate Hûd (11), versets 96-99 :
« Nous avons certes envoyé Moïse avec Nos signes et une autorité évidente
vers Pharaon et ses notables ; mais ils suivirent l’ordre de Pharaon, et l’ordre de Pharaon n’est nullement empreint de rectitude.
Il devancera son peuple, au Jour de la Résurrection, et les mènera jusqu’au Feu ; quel détestable point d’eau où l’on est conduit !
Ils seront frappés, ici-bas, d’une malédiction, et également au Jour de la Résurrection ; quel funeste secours qu’ils reçoivent ! »
Commentaire :
– « Nous avons envoyé Moïse avec Nos signes » : Allah – Très-Haut – montre qu’Il a fait se succéder les prophètes afin d’établir la preuve et d’écarter toute excuse. « Nos signes » : c’est-à-dire la Torah ; d’autres disent : les miracles.
– « Et une autorité évidente » : une preuve claire, à savoir son bâton. La signification du terme « sulṭân » et son étymologie ont déjà été exposées dans la sourate Âl-ʿImrân.
– « Vers Pharaon et ses notables, mais ils suivirent l’ordre de Pharaon » : autrement dit, ils adoptèrent sa voie et son état, au point de le prendre pour une divinité et de contredire l’ordre d’Allah – Exalté soit-Il.
– « Et l’ordre de Pharaon n’est nullement empreint de rectitude » : il n’est ni sain ni conforme à la vérité ; on a dit aussi : il ne conduit à aucun bien.
– « Il devancera son peuple, au Jour de la Résurrection » : il marchera en tête vers le Feu, puisqu’il en est le chef. On dit : « qadamahum yaqdumuhum qadman wa-qudûman » quand on passe devant eux.
– « Et les mènera jusqu’au Feu » : c’est-à-dire qu’il les y fera entrer. Le verbe est exprimé au passé alors que le fait est futur, car ce qui est certain d’advenir est exprimé comme déjà réalisé.
– « Quel détestable point d’eau où l’on est conduit ! » : quel mauvais lieu d’entrée ! Il n’a pas dit « bîsat » (forme féminine) parce que la phrase se rapporte à « al-mawrûd » (le lieu ou l’eau où l’on arrive), comme on dit : « Niʿma al-manzilu dâruka » ou « Niʿmat al-manzili dâruka ». « Al-mawrûd » désigne l’eau vers laquelle on se dirige ou l’endroit même où l’on se rend ; c’est un participe passif au sens de « ce dans quoi l’on arrive ».