Il est rapporté que Shuʿayb – sur lui la paix – était assidu dans la prière, multipliait les actes d’adoration obligatoires et surérogatoires, et disait : « La prière interdit la turpitude et ce qui est blâmable. » Lorsqu’il les exhorta et les mit en garde, ils le tournèrent en dérision à cause de la fréquence de ses prières qu’ils constataient, et se moquèrent de lui en proférant les paroles qu’Allâh a rapportées à leur sujet.
On a également dit que, dans ce passage, le terme « salât » signifie « lecture (de la Révélation) » ; c’est l’opinion rapportée par Sufyân d’après al-Aʿmash : autrement dit, « ta lecture t’ordonne… », ce qui montre qu’ils étaient des mécréants.
Al-Ḥasan a déclaré : « Allâh n’a envoyé aucun Prophète sans lui avoir prescrit la prière et la zakât. »
« Ou [t’interdis-tu] que nous disposions de nos biens comme bon nous semble ? »
Al-Farrâ’ estime qu’il faut sous-entendre : « Ou bien nous interdis-tu de faire de nos biens ce que nous voulons ? »
As-Sulamî et Ḍaḥḥâk ibn Qays ont récité : « Ou que TU fasses, toi, de nos biens ce que TU veux », avec la deuxième personne dans les deux verbes, c’est-à-dire : « ce que toi, ô Shuʿayb, tu veux ».
An-Naḥḥâs explique que, dans cette lecture, la locution « aw an » se coordonne à la particule « an » précédente.
Zayd ibn Aslam a rapporté que, parmi ce qu’il leur interdisait, figurait le fait de rogner les pièces d’argent.
D’aucuns ont dit que le sens est : « Si, d’un commun accord, nous consentons entre nous à la minoration, pourquoi nous en empêches-tu ? »
« En vérité, c’est toi, le clément, le bien-guidé ! »
Ils entendaient par là : « selon toi-même, d’après ta prétention. » Un propos similaire se trouve à propos d’Abû Jahl : « Goûte donc ! C’est toi, certes, l’invincible, le généreux » (Cor. 44 : 49), c’est-à-dire : selon ta propre prétention.
On a dit qu’ils le prononcèrent par dérision et moquerie ; c’est l’avis de Qatâdah. De même, on surnomme par ironie l’Éthiopien « Abû al-Bayḍâ’ » et l’homme au teint clair « Abû al-Jawn », et les gardiens de l’Enfer dirent à Abû Jahl : « Goûte donc ! C’est toi, certes, l’invincible, le généreux. »
Sufyân ibn ʿUyaynah a noté que les Arabes décrivent parfois une chose par son contraire, par augure ou pour se porter chance, ainsi appellent-ils le piqué de serpent « Salîm » (sain et sauf) et le désert « Mafâzah » (lieu de salut).
D’autres disent qu’il s’agit d’une allusion visant l’injure. Mais l’explication la plus appropriée, corroborée par ce qui précède, est qu’ils parlaient réellement : « C’est bien toi le clément, le bien-guidé ; comment peux-tu donc nous ordonner d’abandonner ce que nos pères adoraient ? » Ce qui suit le confirme : « Ta prière t’ordonne-t-elle que nous délaissions ce que nos ancêtres adoraient ? » Ils s’étonnaient de sa grande prière et de son adoration, et du fait qu’il fût clément et bien-guidé, tout en leur ordonnant d’abandonner le culte de leurs aïeux. La suite du passage l’atteste également : « Il dit : Ô mon peuple ! Voyez si je me tiens sur une preuve évidente de mon Seigneur, et s’Il m’a accordé de Sa part une subsistance bénie… » c’est-à-dire : ne devrais-je pas vous détourner de l’égarement ?
Tout cela montre qu’ils l’énoncèrent sérieusement et que telle était leur conviction à son sujet.
Un sens analogue se retrouve dans la parole des Juifs de Banû Qurayẓah au Prophète – paix et bénédictions sur lui – lorsqu’il leur dit : « Ô frères des singes ! », et qu’ils répondirent : « Ô Muḥammad, jamais nous ne t’avons connu ignorant ! »