An-Naḥḥās dit :
« ‘Abd Allâh ibn Muslim a réfuté cette opinion et a déclaré : “Ceci (سِجِّين) est différent de cela (سِجِّيل) ; comment pourrait-on donc l’invoquer à titre de preuve ?”
An-Naḥḥās répondit : « Cette objection n’est pas pertinente, car Abû ‘Ubaydah estime que la lettre lâm peut se substituer à la nûn en raison de leur proximité phonétique. Toutefois, l’avis d’Abû ‘Ubaydah peut être contesté sous un autre aspect : s’il avait raison, l’expression aurait dû être ḥijâratan sijjîlan, car l’on ne dit pas : “des pierres de shadîd”, étant donné que shadîd est un adjectif.
Abû ‘Ubaydah rapporte d’al-Farrâ’ que les pierres meulières peuvent être appelées sijjîl. Il rapporte également de Muḥammad ibn al-Jahm que le sijjîl est une argile cuite jusqu’à devenir comparable à la pierre à moudre.
Un groupe de savants, parmi lesquels Ibn ‘Abbâs, Sa‘îd ibn Jubayr et Ibn Isḥâq, a affirmé que sijjîl est un terme d’origine non arabe qui a été arabisé ; son étymon serait sang et gîl. On le rend aussi par sank et kîl, avec un kāf à la place du jîm ; en persan ces deux mots signifient respectivement « pierre » et « argile ». Les Arabes les ont combinés pour n’en faire qu’un seul nom.
D’autres ont dit qu’il s’agit d’un vocable purement arabe.
Qatâdah et ‘Ikrimah ont soutenu que sijjîl désigne l’argile, conformément à la parole d’Allah : « afin que Nous leur envoyions des pierres d’argile » (adh-Dhâriyât, 33).
Al-Ḥasan a dit : l’origine de ces pierres était de la glaise qui a été durcie ; chez les Arabes, le terme sijjîl s’applique à tout ce qui est extrêmement dur et solide.
Ad-Ḍaḥḥâk a précisé qu’il s’agit de la brique cuite.
Ibn Zayd a déclaré : « C’est une argile cuite jusqu’à devenir semblable à la brique » ; il a également rapporté que sijjîl serait le nom du ciel le plus proche, propos mentionné par al-Mahdawî et attribué par ath-Tha‘labî à Abû l-‘Âliyah. Ibn ‘Aṭiyyah juge cet avis faible car le terme est qualifié de “mandûd” (entassé).
Selon une autre version rapportée d’‘Ikrimah, il s’agirait d’une mer suspendue dans l’atmosphère entre le ciel et la terre, d’où descendirent les pierres.
D’autres ont dit que ce sont des montagnes dans le ciel, celles auxquelles Allah — Exalté soit-Il — fait allusion : « Il fait descendre du ciel des montagnes où se trouve de la grêle » (an-Nûr, 43).
Il a encore été avancé qu’il s’agit de ce qui leur a été “sujjila”, c’est-à-dire inscrit et arrêté pour s’abattre sur eux, sens voisin de sijjîn ; Allah — Exalté soit-Il — dit : « Et qu’est-ce que Sijjîn ? Un Livre scellé » (al-Muṭaffifîn, 8). C’est l’avis rapporté et préféré par az-Zajjâj.
On a également expliqué qu’il s’agit de la forme intensive fi‘îl dérivée du verbe asjaltohu (« je l’ai envoyé »), comme si ces pierres avaient été envoyées sur eux. D’autres l’ont rattaché à asjaltohu au sens de « je lui ai donné », comme un châtiment qui leur aurait été octroyé. À ce sujet le poète a dit :
« Celui qui rivalise avec moi, rivalise avec un noble…
Il remplit le seau jusqu’au nœud de la corde. »