Suleymân ibn ‘Abd al-Malik vit, dans la bouchée qu’un Bédouin portait à sa bouche, un cheveu. Il lui dit alors : « Ôte donc ce cheveu de ta bouchée. » Le Bédouin lui répliqua : « Me fixes-tu donc du regard comme celui qui distingue un cheveu dans ma bouchée ? Par Allah, je ne mangerai plus avec toi ! »
J’ajoute qu’il est rapporté que cette anecdote concerne plutôt Hishâm ibn ‘Abd al-Malik et non pas Suleymân ; et l’on raconte que le Bédouin sortit de chez lui en déclamant :
« La mort vaut mieux que la visite d’un avare
Qui, délibérément, surveille les mouvements du convive. »
Septièmement : – Parole du Très-Haut : « Lorsque [Ibrâhîm] constata que leurs mains ne se portaient pas vers [le plat], il les trouva suspects (nakirahum) » (Hûd, 11 : 70). Le terme signifie : il les trouva étranges. On dit : nakirtuka – ou ankartuka, ou istankartuka – lorsque l’on trouve quelqu’un différent de ce que l’on connaissait de lui. Le poète dit :
« Elle ne me reconnut plus ; or rien, hormis les cheveux blancs et la calvitie,
N’avait changé en moi parmi les vicissitudes du temps. »
Il a ici réuni les deux formes linguistiques (nakira et ankara). On dira : nakirtu pour ce que l’œil voit, et ankar-tu pour ce que le cœur désapprouve.
Huitièmement : – Parole du Très-Haut : « Et sa femme se tenait debout » (Hûd, 11 : 71). Il s’agit d’un syntagme nominal : elle se tenait debout, à un endroit d’où elle voyait les anges. D’aucuns ont dit qu’elle se trouvait derrière un rideau ; d’autres qu’elle servait les anges tandis qu’Ibrâhîm était assis. Muḥammad ibn Isḥâq a dit : « Elle se tenait debout en prière. » Dans la récitation d’Abd Allâh ibn Mas‘ûd on lit : « et sa femme se tenait debout tandis que lui était assis. »
Neuvièmement : – Parole du Très-Haut : « Elle rit (fa-ḍaḥikat) » (Hûd, 11 : 71). Mujâhid et ‘Ikrima ont dit : « Elle eut ses règles » alors qu’elle était ménopausée, signe certain de l’annonce qui lui était faite. Les linguistes, pour étayer cette acception, citent ces vers :
« Je viens à l’épousée quand elle vient de se purifier
Et je la délaisse un jour quand elle est “rieuse”. »
Et un autre a dit :
« Le “rire” des lapines, sur le rocher,
Est semblable au sang du cœur, le jour de la rencontre. »
Les Arabes disent : « La lapine a ri » lorsqu’elle a ses menstrues. Ceci est rapporté d’Ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée – et d’‘Ikrima. L’expression est prise de leur parole : « Le kapur a ri » – l’écorce du spadice – lorsqu’elle se fend. Certains philologues nient toutefois que le verbe « rires » puisse, chez les Arabes, signifier « avoir ses règles ». La majorité affirme qu’il s’agit du rire au sens propre, mais divergent sur sa nature : on a dit qu’il s’agit d’un rire d’étonnement. Abû Dhuw’ayb a dit