Deuxième point – La parole du Très-Haut :
« Il dit : Ô Noé, il n’est pas de ta famille ».
[C’est-à-dire : il n’appartient pas aux tiens] que Je t’ai promis de sauver, selon l’interprétation de Sa‘îd ibn Jubayr.
La majorité des exégètes soutient : « Il n’est pas des gens de ta religion ni de ta fidélité (walâya) ». Il faut donc sous-entendre un terme élidé, ce qui prouve que l’alliance de la religion est plus forte que la parenté de sang.
« Certes, c’est un acte dénué de droiture. »
Ibn ‘Abbâs, ‘Urwa, ‘Ikrima, Ya‘qûb et al-Kisâ’î ont lu : « Il a commis un acte non vertueux », c’est-à-dire de mécréance et de dénégation ; cette lecture a été privilégiée par Abû ‘Ubayd. Les autres lisent : « c’est un acte » – ton fils est l’auteur d’un acte non vertueux –, le terme « auteur » étant sous-entendu, comme l’ont expliqué az-Zajjâj et d’autres. Le poète a dit :
« Tu paîtras tant que tu paîtras ; puis, quand tu te ressaisis,
ce n’est, en vérité, qu’une venue suivie d’un départ. »
autrement dit : dotée tour à tour d’élan et de retrait. Cette explication rejoint le sens précédent.
Il se peut aussi que le pronom se rapporte à la demande même : « Ta requête de le sauver est un acte non vertueux », selon Qatâda.
Al-Hasan a déclaré que l’expression « un acte non vertueux » signifie qu’il était né sur le lit de Noé sans être véritablement son fils, car il provenait d’une relation illicite ; Mujâhid tient la même opinion.
Qatâda rapporte : « J’ai interrogé al-Hasan. Il jura par Allâh qu’il n’était pas son fils. Je lui dis : ‘Pourtant, Allâh rapporte que Noé a dit : Mon fils fait partie de ma famille.’ Il répondit : ‘Il n’a pas dit : Il est issu de moi’, allusion au fait qu’il était le fils de son épouse, conçu d’un autre homme.
Je repris : ‘Allâh rapporte encore de lui : Mon fils fait partie de ma famille et Noé appela son fils ; et les Gens des deux Écritures s’accordent à dire qu’il était son fils.’ Al-Hasan rétorqua : ‘Et qui donc prend sa religion des Gens du Livre ? Ils mentent !’, puis il récita : « …et elles les ont toutes deux trahis » (at-Taḥrîm, 10).
Ibn Jurayj dit : « Noé l’a appelé pensant qu’il était son fils, car il était né sur son lit, mais son épouse l’avait trompé à ce sujet ; d’où la parole : “…elles les ont toutes deux trahis.” »
Ibn ‘Abbâs affirme : Jamais l’épouse d’un Prophète n’a fauté, et cet enfant était bien son fils issu de ses reins ; c’est également l’avis d’adh-Dahhâk, ‘Ikrima, Sa‘îd ibn Jubayr, Maymûn ibn Mihrân et d’autres.
On questionna Sa‘îd ibn Jubayr : Noé a dit : « Mon fils fait partie de ma famille ». Était-il donc son fils ? Il glorifia longuement Allâh puis dit : « Il n’y a de divinité qu’Allâh ! Allâh informe Muhammad — que la prière et la paix soient sur lui — qu’il était son fils, et tu prétends qu’il ne l’était pas ! Oui, il était son fils, mais il divergeait par l’intention, l’action et la religion ; c’est pourquoi Allâh, exalté soit-Il, dit : “Il n’est pas de ta famille.” Et c’est ainsi. »