On l’étranglait jusqu’à ce qu’il fût laissé à demi-mort ; on le rouait de coups dans les assemblées puis on le chassait. Pourtant, il n’invoquait aucun mal contre ceux qui agissaient ainsi ; il persévérait à les appeler et répétait : « Ô mon Seigneur, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas. »
Cela ne faisait qu’augmenter leur fuite loin de lui : lorsqu’il adressait la parole à l’un d’eux, celui-ci enveloppait sa tête de son vêtement et bouchait ses oreilles avec ses doigts pour ne rien entendre. C’est le sens de la Parole du Très-Haut : « Et chaque fois que je les appelais pour que Tu leur pardonnes, ils mettaient leurs doigts dans leurs oreilles et s’enveloppaient de leurs vêtements… » (Nûḥ, 7).
Mujâhid et ‘Ubayd ibn ‘Umayr rapportent : ils le frappaient jusqu’à ce qu’il perde connaissance ; dès qu’il reprenait ses esprits, il disait : « Ô mon Seigneur, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas. »
Ibn ‘Abbâs rapporte : on battait Noé, on l’enroulait ensuite dans une natte de laine et on le jetait dans sa maison, croyant qu’il était mort ; puis il sortait et les appelait de nouveau. Lorsqu’il désespéra de la foi de son peuple, un homme vint à lui accompagné de son fils, s’appuyant sur un bâton. Il dit à son fils : « Ô mon fils, regarde ce vieillard, qu’il ne te trompe pas. » — « Ô mon père, mets le bâton entre mes mains », répondit le garçon. Le père le lui donna et le posa à terre ; l’enfant marcha alors vers Noé, le frappa avec le bâton et lui ouvrit la tête, le sang coula.
Noé s’exclama : « Ô mon Seigneur, Tu vois ce que Tes serviteurs me font ; s’Il reste en eux quelque bien, guide-les ; et s’il n’en est rien, fais-moi patienter jusqu’à ce que Tu juges, car Tu es le Meilleur des juges. »
Allah lui révéla alors qu’il n’y aurait plus de croyant parmi son peuple, et l’informa qu’il ne demeurait dans les lombes des hommes ni dans les matrices des femmes aucun futur croyant : « Il fut révélé à Noé : “Nul d’entre ton peuple ne croira désormais, hormis ceux qui ont déjà cru ; ne t’attriste donc pas de ce qu’ils faisaient.” » — c’est-à-dire : ne t’afflige pas pour eux.
Puis Il dit : « Et construis l’arche sous Nos yeux et selon Notre révélation. » — « Ô Seigneur, où trouverai-je du bois ? » demanda-t-il. — « Plante des arbres », lui fut-il répondu.
Il planta ainsi du teck pendant vingt ans ; durant ce temps il cessa de formuler des invocations (contre eux) et ils cessèrent de se moquer de lui. Quand les arbres eurent poussé, son Seigneur lui ordonna de les couper et de les laisser sécher. Il dit : « Ô Seigneur, comment dois-je bâtir cette maison ? » Il lui fut dit : « Donne-lui trois formes : sa proue comme une tête de coq, son ventre comme la poitrine d’un oiseau, et sa poupe comme la queue d’un coq. Rends-la hermétiquement close, aménage des portes sur ses flancs et consolide-la avec des dusur, c’est-à-dire des clous de fer. »
Allah envoya alors Jibrîl — sur lui la paix — qui lui enseigna la construction de l’arche, si bien que sa main ne se trompait pas.
Ibn ‘Abbâs a dit : la demeure de Noé — sur lui la paix — se trouvait à Damas, et il construisit son arche avec le bois du Liban entre Zamzam, le Coin (de la Ka‘ba) et la Station (d’Ibrâhîm). Lorsqu’elle fut achevée, il plaça au premier niveau les fauves et les bêtes domestiques ; au second niveau, les animaux sauvages et les oiseaux, puis il referma sur eux.