Le lieu qui absorbe l’eau.
Ibn al-‘Arabî a dit :
« Les deux eaux se rencontrèrent selon un décret préétabli : l’eau qui se trouvait sur la terre et celle qui était descendue du ciel. Allah ordonna alors à l’eau céleste de cesser (de tomber), si bien que la terre n’en absorba pas une seule goutte ; puis Il ordonna à la terre d’engloutir uniquement l’eau qui en était sortie.
C’est là le sens de Sa parole – exalté soit-Il : ﴾Et l’on dit : Ô terre, absorbe ton eau, et ô ciel, retiens-toi ! Et l’eau se résorba.﴿
On a également dit qu’Allah distingua les deux eaux : l’eau terrestre, Il commanda à la terre de l’avaler, tandis que l’eau céleste forma les mers.
Sa parole – exalté soit-Il :
﴾Et l’eau se résorba (wa ġîḍa al-mâ’u)﴿
– c’est-à-dire diminua. On dit : “ġâḍa la chose” (elle a diminué d’elle-même) et “ġîḍtuhu” (je l’ai fait diminuer), à l’instar de “naqasa” (il a diminué) et “naqqasahu” (quelqu’un l’a diminué). On peut aussi lire « ġûḍa » avec la ḍamma sur le ghayn.
﴾Et l’ordre fut décrété (wa quḍiya al-amru)﴿ :
cela signifie qu’il fut parachevé ; le peuple de Nûḥ fut alors anéanti de façon totale et parfaite.
On dit encore : Allah – Très-haut – rendit stériles leurs matrices, c’est-à-dire celles de leurs femmes, quarante ans avant le déluge, de sorte qu’aucun enfant ne se trouva parmi les noyés. L’avis correct est plutôt qu’Il fit périr aussi les enfants dans le déluge, tout comme périrent les oiseaux et les bêtes féroces ; la noyade ne constitua pas un châtiment pour les enfants, les animaux et les oiseaux : ils moururent simplement au terme fixé pour eux.
On rapporte que, lorsque l’eau se répandit dans les ruelles, une mère craignit pour son nourrisson qu’elle aimait intensément. Elle se dirigea avec lui vers la montagne ; lorsqu’elle eut atteint le premier tiers de sa hauteur et que l’eau l’y rattrapa, elle continua jusqu’aux deux tiers ; l’eau l’y rejoignit encore, si bien qu’elle gagna le sommet. Quand l’eau atteignit son cou, elle leva les bras tenant son enfant au-dessus d’elle, jusqu’à ce que le flot l’emportât. Si Allah avait voulu accorder Sa miséricorde à l’un d’entre eux, Il l’aurait accordée à cette mère.
Sa parole – exalté soit-Il :
﴾Et elle (l’arche) s’arrêta sur (le mont) al-Ǧûdiyy, et l’on dit : “Périsse le peuple des injustes !”﴿
– c’est-à-dire : qu’ils soient anéantis. Le Ǧûdiyy est une montagne située près de Mossoul ; l’arche s’y immobilisa le dix de Muḥarram, jour de ‘Âshûrâ’. Nûḥ jeûna ce jour-là et ordonna à tous ceux qui étaient avec lui – hommes, bêtes sauvages, oiseaux, bestiaux et autres – de jeûner, en reconnaissance envers Allah – Très-haut ; ce point a déjà été évoqué.
On a aussi dit que cela eut lieu un vendredi.
Il est rapporté qu’Allah – Très-haut – révéla aux montagnes que l’arche se poserait sur l’une d’entre elles ; elles se dressèrent alors en hauteur, tandis que le Ǧûdiyy demeura sans s’élever, par humilité envers Allah ; l’arche s’y établit donc, et ses madriers y restèrent fixés.
Dans un ḥadith, le Prophète – paix et salut sur lui – a dit :
« Il en subsiste encore une partie que les premières générations de cette communauté ont pu voir. »
Mujâhid a dit : « Les montagnes se sont enorgueillies et se sont élevées afin que l’eau ne les atteigne pas… »