S’agissant de Sa parole : « Quiconque désire la vie d’ici-bas », certains ont prétendu que ce verset est abrogé par celui-ci : « Quiconque désire l’immédiat » (Al-Isrâ’ : 18). L’avis correct est toutefois celui que nous avons déjà exposé : il s’agit d’une relation entre le verset absolu et son verset restrictif, et non d’une abrogation proprement dite.
Un exemple analogue est la parole divine : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, certes Je suis tout-proche ; Je réponds à l’invocation de celui qui M’invoque lorsqu’il M’invoque » (Al-Baqarah : 186). Le sens littéral indique une réponse constante à toute invocation, en toute circonstance. Or il n’en est pas ainsi, car Allah — Très-haut — dit également : « Il écartera ce pour quoi vous L’invoquez, s’Il le veut » (Al-Anʿâm : 41).
L’abrogation ne peut concerner les informations rapportées (khabar), car il est impossible que les vérités rationnellement nécessaires varient, et qu’un mensonge soit attribué à Allah — exalté soit-Il. En revanche, l’abrogation des textes informant sur des prescriptions légales est recevable, bien qu’elle fasse l’objet d’une divergence exposée dans les ouvrages de fondements. Sa clarification viendra, si Allah le veut, dans la sourate An-Naḥl.
« Voilà ceux qui n’auront dans l’Au-delà rien d’autre que le Feu ; tout ce qu’ils auront fait sur terre y sera réduit à néant, et vains seront leurs œuvres » (Hûd : 16).
Cette parole — « rien d’autre que le Feu » — implique l’éternité (dans la Géhenne), tandis que le croyant n’y demeure pas éternellement, conformément à la parole divine : « Certes Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit ; Il pardonne ce qui est moindre que cela à qui Il veut » (An-Nisâ’ : 48). La menace vise donc le cas où ce personne qui se montre ostentatoire mourrait en état de mécréance.
Selon une autre opinion, le sens est : ils n’auront rien d’autre que le Feu durant un nombre de jours déterminé, après quoi ils en seront extraits, soit par intercession, soit par la « poignée » (de Miséricorde). Le verset comporte une menace impliquant la privation de la foi. Dans le ḥadîth déjà cité, le terme « kufr » est employé, plus particulièrement pour désigner l’ostentation, laquelle constitue une forme de polythéisme, ainsi qu’il a été expliqué dans la sourate An-Nisâ’ et sera rappelé à la fin de la sourate Al-Kahf.
« Et vains seront leurs œuvres » est une proposition nominale (mubtada’ – khabar). Abû Ḥâtim a considéré qu’il y a ici ellipse du pronom — ce que An-Naḥḥâs conteste : point n’est besoin de suppression, car l’expression est de l’ordre du masdar, c’est-à-dire : « et leur œuvre est vaine ». Dans le muṣḥaf d’Ubayy et celui de ʿAbd Allâh, on lit : « et c’est en vain qu’ils œuvraient », où le mot mâ est surabondant, signifiant : « et ils œuvraient en vain ».