Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

« Et Nous fîmes franchir la mer aux Enfants d’Israël ; alors Pharaon et ses troupes les poursuivirent par tyrannie et hostilité, jusqu’à ce que la noyade l’atteignît. Il déclara alors : “Je crois qu’il n’est point de divinité sinon Celui en qui ont cru les Enfants d’Israël, et je suis, pour ma part, du nombre des soumis.” » (Yûnus, 10 : 90)

Sa Parole – qu’Il soit exalté – : « Et Nous fîmes franchir la mer aux Enfants d’Israël ». L’explication de cet épisode a déjà été donnée dans la sourate Al-Baqarah, au verset : « Lorsque Nous avons fendu la mer pour vous… »(1). Al-Hassan l’a récité : « wa jawwaznâ » ; les deux formes appartiennent à deux usages linguistiques.

« Alors Pharaon et ses troupes les poursuivirent ». On dit : tabaʿa et atbaʿa ont le même sens lorsqu’il s’agit de rejoindre et d’atteindre quelqu’un, alors que ittabaʿa (avec redoublement) signifie : marcher derrière lui. Al-Aṣmaʿî précise : atbaʿa (avec coupure de l’alif) quand on le rejoint effectivement ; ittabaʿa (avec liaison de l’alif) quand on suit sa trace, qu’on l’atteigne ou non. Abû Zayd tient le même propos. Qatâda a lu : « fa-ittabaʿahum » (avec liaison de l’alif). D’autres ont dit : ittabaʿa, dans l’ordre, signifie s’inspirer de lui, tandis que atbaʿa, avec coupure de l’alif, s’emploie pour un bien ou un mal ; telle est l’opinion d’Abû ʿAmr. On a également soutenu que les deux verbes sont synonymes.

Moïse sortit avec les Enfants d’Israël : six cent vingt mille hommes. Pharaon les poursuivit au matin à la tête de deux millions six cent mille soldats – ce qui a déjà été mentionné(2).

« par tyrannie (baghyan) » : terme au cas adverbial, indiquant l’état. « et hostilité (ʿadwanan) » lui est coordonné : en situation de tyrannie, d’agression et d’injustice. On dit : ʿadâ, yaʿdû, ʿadwan, comme ghazâ, yaghzû, ghazwan. Al-Hassan l’a lu : « wa ʿudwan » – avec ḍamma sur le ʿayn et le dâl et redoublement du wâw – à l’instar de ʿalâ, yaʿlû, ʿuluwwan.

Les exégètes expliquent : « baghyan » désigne la recherche d’une domination illégitime par la parole ; « wa ʿadwan » se rapporte à l’acte. Ces deux termes sont alors des compléments de cause.

« Jusqu’à ce que la noyade l’atteignît » : c’est-à-dire qu’elle l’atteignit effectivement et le saisit.

« Il dit : “Je crois.” » c’est-à-dire : j’atteste la véracité.

« qu’il n’est point de divinité sinon Celui en qui ont cru les Enfants d’Israël ». Ayant omis la préposition, le verbe devient transitif et l’objet direct est au cas direct. Certains l’ont récité avec kasra : « inni min al-mu’minîn », « je suis devenu croyant », et reprennent ensuite une nouvelle phrase. Abû Hâtim prétend qu’une locution est sous-entendue : « j’ai cru et j’ai dit : en vérité… ». Or la foi ne profite plus à ce moment-là ; le repentir est accepté avant que le châtiment ne soit visible, mais non après l’apparition de celui-ci et le contact effectif avec lui, comme cela a été expliqué dans la sourate An-Nisâ’(3).

On rapporte que Pharaon redoutait d’entrer dans la mer. Il était monté sur un étalon noir ; aucune jument ne se trouvait parmi la cavalerie de Pharaon. Alors Jibrîl (Gabriel), sur un cheval bai

[[سورة يونس (١٠) : آية ٩٠]] وَجاوَزْنا بِبَنِي إِسْرائِيلَ الْبَحْرَ فَأَتْبَعَهُمْ فِرْعَوْنُ وَجُنُودُهُ بَغْياً وَعَدْواً حَتَّى إِذا أَدْرَكَهُ الْغَرَقُ قالَ آمَنْتُ أَنَّهُ لَا إِلهَ إِلاَّ الَّذِي آمَنَتْ بِهِ بَنُوا إِسْرائِيلَ وَأَنَا مِنَ الْمُسْلِمِينَ (٩٠) قَوْلُهُ تَعَالَى: (وَجاوَزْنا بِبَنِي إِسْرائِيلَ الْبَحْرَ) تَقَدَّمَ الْقَوْلُ فِيهِ فِي " الْبَقَرَةِ" فِي قَوْلِهِ: " وَإِذْ فَرَقْنا بِكُمُ الْبَحْرَ" «١» . وَقَرَأَ الْحَسَنُ " وَجَوَّزْنَا" وَهُمَا لُغَتَانِ. (فَأَتْبَعَهُمْ فِرْعَوْنُ وَجُنُودُهُ) يُقَالُ: تَبِعَ وَأَتْبَعَ بِمَعْنًى وَاحِدٍ، إِذَا لَحِقَهُ وَأَدْرَكَهُ. وَاتَّبَعَ (بِالتَّشْدِيدِ) إِذَا سَارَ خَلْفَهُ. وَقَالَ الْأَصْمَعِيُّ: أَتْبَعَهُ (بِقَطْعِ الْأَلِفِ) إِذَا لَحِقَهُ وَأَدْرَكَهُ، وَاتَّبَعَهُ (بِوَصْلِ الْأَلِفِ) إِذَا اتَّبَعَ أَثَرَهُ، أَدْرَكَهُ أَوْ لَمْ يُدْرِكْهُ. وَكَذَلِكَ قَالَ أَبُو زَيْدٍ. وَقَرَأَ قَتَادَةُ " فَاتَّبَعَهُمْ" بِوَصْلِ الْأَلِفِ. وَقِيلَ: " اتَّبَعَهُ" (بِوَصْلِ الْأَلِفِ) فِي الْأَمْرِ اقْتَدَى بِهِ. وَأَتْبَعَهُ (بِقَطْعِ الْأَلِفِ) خَيْرًا أَوْ شَرًّا، هَذَا قَوْلُ أَبِي عَمْرٍو. وَقَدْ قِيلَ هُمَا بِمَعْنًى وَاحِدٍ. فَخَرَجَ مُوسَى بِبَنِي إِسْرَائِيلَ وَهُمْ سِتُّمِائَةِ أَلْفٍ وَعِشْرُونَ أَلْفًا، وَتَبِعَهُ فِرْعَوْنُ مُصْبِحًا فِي أَلْفَيْ أَلْفٍ وَسِتِّمِائَةِ أَلْفٍ. وَقَدْ تَقَدَّمَ «٢» . (بَغْيًا) نُصِبَ عَلَى الْحَالِ. (وَعَدْوًا) مَعْطُوفٌ عَلَيْهِ، أَيْ فِي حَالِ بَغْيٍ وَاعْتِدَاءٍ وَظُلْمٍ، يُقَالُ: عَدَا يَعْدُو عَدْوًا، مِثْلَ غَزَا يَغْزُو غَزْوًا. وَقَرَأَ الْحَسَنُ " وَعَدْواً" بِضَمِّ الْعَيْنِ وَالدَّالِ وَتَشْدِيدِ الْوَاوِ، مِثْلَ عَلَا يَعْلُو عُلُوًّا. وَقَالَ الْمُفَسِّرُونَ: " بَغْياً" طَلَبًا لِلِاسْتِعْلَاءِ بِغَيْرِ حَقٍّ فِي الْقَوْلِ، " وَعَدْواً" فِي الْفِعْلِ، فَهُمَا نَصْبٌ عَلَى الْمَفْعُولِ لَهُ. (حَتَّى إِذَا أَدْرَكَهُ الْغَرَقُ) أَيْ نَالَهُ وَوَصَلَهُ. (قَالَ آمَنْتُ) أَيْ صَدَّقْتُ. (أَنَّهُ) أَيْ بِأَنَّهُ. (لَا إِلَهَ إِلَّا الَّذِي آمَنَتْ بِهِ بَنُو إِسْرَائِيلَ) فَلَمَّا حَذَفَ الْخَافِضَ تَعَدَّى الْفِعْلُ فَنَصَبَ. وقرى بِالْكَسْرِ، أَيْ صِرْتُ مُؤْمِنًا ثُمَّ اسْتَأْنَفَ. وَزَعَمَ أَبُو حَاتِمٍ أَنَّ الْقَوْلَ مَحْذُوفٌ، أَيْ آمَنْتُ فَقُلْتُ إِنَّهُ، وَالْإِيمَانُ لَا يَنْفَعُ حِينَئِذٍ، وَالتَّوْبَةُ مَقْبُولَةٌ قَبْلَ رُؤْيَةِ الْبَأْسِ، وَأَمَّا بَعْدَهَا وَبَعْدَ الْمُخَالَطَةِ فَلَا تُقْبَلُ، حَسْبَ مَا تَقَدَّمَ فِي " النِّسَاءِ" «٣» بَيَانُهُ. وَيُقَالُ: إِنَّ فِرْعَوْنَ هَابَ دُخُولَ الْبَحْرِ وَكَانَ عَلَى حِصَانٍ أَدْهَمَ وَلَمْ يَكُنْ فِي خَيْلِ فِرْعَوْنَ فَرَسٌ أُنْثَى، فَجَاءَ جِبْرِيلُ على فرس وديق
(١). راجع ج ١ ص ٣٨٧. (٢). راجع ج ١ ص ٣٨٩. (٣). راجع ج ٥ ص ٩٠.

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