C’est une invocation, c’est-à-dire : « Ô Seigneur, exauce-moi. »
On a aussi rapporté que Hârûn invoqua aux côtés de Mûsâ.
Les spécialistes de la langue affirment que les Arabes s’adressent parfois à une seule personne par la formule réservée normalement au duel. Le poète a dit :
« Je dis alors à mon compagnon : Ne nous presse (forme du duel)
pour déraciner ses racines et coupe le shîḥ (plante désertique). »
Cela s’appuie sur l’opinion selon laquelle le mot « Âmîn » n’est pas en soi une invocation et que Hârûn n’a pas formulé de prière.
An-Naḥḥâs rapporte avoir entendu ʿAlî b. Sulaymân dire : « La preuve que la prière concerne les deux se trouve dans la parole de Mûsâ – que la paix soit sur lui – : “Rabbanâ (Ô notre Seigneur)” et non “Rabbi (Ô mon Seigneur)”. »
ʿAlî et as-Sulamî ont lu : « daʿawâtukumâ » (vos supplications) au pluriel.
Ibn as-Samayqaʿ a lu : « ajabtu daʿwatakumâ » – « J’ai exaucé votre invocation » –, rapportant ainsi la parole d’Allâh ; il a, pour cela, mis « daʿwata » à l’accusatif.
La question du terme « Âmîn » a déjà été traitée en détail à la fin de la sûrat al-Fâtiḥa. Ce mot fait partie des particularités accordées à notre Prophète Muḥammad – que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui – ainsi qu’à Hârûn et Mûsâ – que la paix soit sur eux.
D’après Anas b. Mâlik, le Messager d’Allâh – qu’Allâh le couvre d’éloges et de paix – a dit :
« Allâh a accordé à ma communauté trois choses qu’Il n’a données à aucune autre avant eux : le salâm – qui est la salutation des gens du Paradis et l’ordre des rangs des anges – et le mot “Âmîn”, exception faite de ce qui fut donné à Mûsâ et Hârûn. »
Cette tradition est rapportée par at-Tirmidhî al-Ḥakîm dans “Nawâdir al-Uṣûl”; elle a déjà été mentionnée dans l’exégèse d’al-Fâtiḥa.
Parole du Très-Haut :
« Fa-staqîmâ (Restez donc fermes) »
Al-Farrâ’ et d’autres expliquent qu’il s’agit d’un ordre de persévérer fermement dans la mission qui leur a été confiée, de demeurer constants dans l’appel de Pharaon et de son peuple à la foi, jusqu’à ce que se réalise pour eux l’accomplissement de la promesse divine.
Muḥammad b. ʿAlî et Ibn Jurayj disent : « Pharaon et son peuple vécurent quarante ans après cette réponse, puis ils furent anéantis. »
On a également dit : « Fa-staqîmâ » signifie : persévérez dans l’invocation. Être droit dans la prière consiste à ne pas se hâter de voir l’objectif se réaliser. L’empressement ne disparaît du cœur que lorsque la sérénité y est fermement établie, et cette sérénité n’existe qu’avec une acceptation pleine et satisfaisante de tout ce qui émane de l’inconnu.
« Et ne suivez surtout pas la voie de ceux qui ne savent pas. »
La double négation renforcée, avec nûn de l’emphase, est au jussif à titre d’interdiction ; la nûn a reçu une voyelle pour éviter la rencontre de deux consonnes muettes, et l’on a préféré la kasra parce qu’elle ressemble à la nûn du duel. Ibn Dhakwân a lu sans redoublement du nûn, ce qui donne un sens de négation.
Certains ont considéré l’expression comme un état relatif à « fa-staqîmâ », c’est-à-dire : « Restez fermement droits sans emboîter le pas à ceux qui ignorent », autrement dit : n’empruntez pas la voie de ceux qui ne connaissent pas la réalité de Ma promesse ni de Mon avertissement.