Lorsqu’Il a évoqué les gens voués au malheur, Il a précisé qu’Il ne leur avait fait aucune injustice ; en effet, le fait qu’Il leur ait décrété le malheur, qu’Il leur ait retiré l’ouïe et la vue du cœur, ne constitue nullement une injustice de Sa part, car Il dispose de Sa royauté comme Il l’entend et toutes Ses actions sont empreintes d’équité.
« Mais les gens se font du tort à eux-mêmes » : par leur mécréance, leur désobéissance et leur opposition à l’ordre de leur Créateur.
Hamza et Al-Kisâ’î ont lu : « walakin » (sans redoublement) et « an-nâsu » (au nominatif).
Al-Nahhâs rapporte qu’un groupe de grammairiens, parmi lesquels Al-Farrâ’, prétend que les Arabes, lorsqu’ils introduisent « walâkinna » avec la conjonction « wa- », privilégient le redoublement ; mais lorsqu’ils omettent le « wâw », ils choisissent l’allègement. Ils justifient cela ainsi : sans la conjonction « wa- », la particule ressemble à « bal » ; ils l’ont donc allégée pour que ce qui la suit se comporte comme après « bal ». En revanche, lorsqu’apparaît la conjonction, la particule diffère de « bal » ; ils l’ont alors redoublée et ont introduit le régime de l’accusatif, parce qu’il s’agit en réalité de « inna » augmentée d’un lâm et d’un kâf, fondus en une seule lettre. Il cite à l’appui ce vers :
« Wa lâkinnani min ḥubbihâ laʿamîdun »
— où la présence du lâm atteste qu’il s’agit de « inna ».
Parole du Très-Haut (Sourate Yûnus, v. 45) :
« Et le Jour où Il les rassemblera, il leur semblera n’avoir demeuré (dans les tombes) qu’une heure du jour, se reconnaissant les uns les autres. Certes, ont été perdants ceux qui ont traité de mensonge la rencontre d’Allah, et ils n’étaient point sur la bonne voie. »
Commentaire :
« Le Jour où Il les rassemblera, (il leur paraîtra) comme s’ils n’avaient demeuré… » : « ka-anna-hum » est à la forme apocopée, autrement dit : comme s’ils n’avaient pas séjourné dans leurs tombes.
« …qu’une heure du jour » : c’est-à-dire la durée d’une heure ; ils jugeront court leur long séjour dans les tombes à cause de l’effroi de la Résurrection. La preuve en est leur parole : « Nous n’avons demeuré qu’un jour ou une partie d’un jour » (Al-Kahf : 19).
D’autres disent : c’est la durée de leur passage en ce bas monde qui leur paraîtra brève, tant l’horreur de ce qui les attend est grande, et non la durée de leur séjour dans la tombe. Ibn ʿAbbâs dit : ils verront que la longueur de leurs vies, comparée à l’éternité, n’est qu’une heure.
« se reconnaissant les uns les autres » : syntagme adverbial (ḥâl) rapporté au pronom « -hum » de « yaḥshuruhum ». Il se peut aussi qu’il soit indépendant ; comme si l’on disait : « alors ils se reconnaissent ».
Al-Kalbî affirme : ils se reconnaîtront mutuellement, de la même manière qu’ils se reconnaissaient dans le bas monde lorsqu’ils sortiront de leurs tombes ; cette reconnaissance sera une reconnaissance de reproche et de déshonneur : les uns diront aux autres : « C’est toi qui m’as égaré, qui m’as poussé à l’égarement et m’as incité à la mécréance… »