qu’il saisisse une braise ardente jusqu’à ce qu’elle s’éteigne vaudrait mieux pour lui que de la toucher.
On interrogea Ibn ‘Umar au sujet des échecs ; il répondit : « C’est pire que le nard (backgammon). »
Abû Mûsâ al-Ash‘arî déclara : « Nul ne joue aux échecs si ce n’est un fautif. »
On consulta Abû Ja‘far à propos des échecs ; il dit : « Laissez-nous donc cette pratique des Mağûs (zoroastriens). »
Et, dans un long ḥadîth rapporté du Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui – il est dit :
« Celui qui joue au nard, aux échecs, aux noix ou aux dés encourt la répulsion d’Allah ; et quiconque s’assoit pour regarder des gens jouant au nard et aux échecs, toutes ses bonnes actions lui sont effacées et il devient de ceux qu’Allah réprouve. »
Tous ces récits attestent l’interdiction de s’adonner à ces jeux, même sans enjeu pécuniaire. Allah est plus savant. Nous avons, dans la sourate « Al-Mâʾida », expliqué leur interdiction (1) ; ils sont assimilés au vin quant à l’interdiction, car ils lui sont associés, et Allah sait mieux.
Ibn al-‘Arabî, dans son « Qabas », rapporte que l’imâm al-Shâfi‘î l’a permis ; certains sont même allés jusqu’à dire qu’il est recommandé, si bien qu’on l’a introduit dans les madrasas : lorsque l’étudiant se lasse de la lecture, il joue aux échecs dans la mosquée. Ils ont attribué à certains Compagnons et Successeurs qu’ils y jouaient, alors que cela n’a jamais eu lieu ; par Allah, la main d’un pieux ne les a jamais touchés.
Ils prétendent que ce jeu aiguise l’esprit ; mais l’observation les dément : jamais un homme réellement doué d’intelligence ne s’y est absorbé.
J’ai entendu l’imâm Abû al-Faḍl ‘Atâʾ al-Maqdissî dire, lors d’un débat dans la mosquée al-Aqṣâ : « Il enseigne l’art de la guerre. » Al-Ṭurṭûshî lui répondit : « Bien au contraire, il corrompt la stratégie, car la finalité de la guerre est de viser le roi et de l’éliminer, tandis qu’aux échecs on dit : “Shâh, attention ! Ôte le roi de mon chemin !” », ce qui fit rire l’assistance.
Parfois Mâlik a sévi contre ce jeu et l’a interdit, disant à son sujet : « “Qu’y a-t-il après la vérité sinon l’égarement ?” » D’autres fois, il s’est montré indulgent à propos d’un usage minime et anodin ; la première position est la plus correcte, et Allah sait mieux.
Si quelqu’un objecte : « On rapporte qu’on demanda à ‘Umar b. al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée – au sujet des échecs, et qu’il dit : “Qu’est-ce donc que les échecs ?” On lui expliqua qu’une femme avait perdu son fils, qui était roi, lors d’une bataille dans laquelle seuls ses compagnons survécurent. Elle demanda : “Comment cela est-il possible ? Montrez-le-moi concrètement.” On fabriqua alors le jeu d’échecs ; quand elle le vit, son chagrin s’apaisa. Lorsqu’on décrivit le jeu à ‘Umar, il déclara : “Il n’y a pas de mal à ce qui relève de l’armement.” »
On répliquera : ce récit ne constitue pas une preuve, car il n’a pas dit : « Il n’y a pas de mal aux échecs », mais uniquement : « Il n’y a pas de mal à ce qui relève de l’armement. » Il dit cela parce qu’on lui avait fait croire que jouer aux échecs aidait à comprendre les tactiques de la guerre ; comme on le lui affirma et qu’il n’en avait pas une connaissance approfondie, il répondit ainsi.