S’il y joue en misant de l’argent, et que cela soit notoire de sa part, son intégrité religieuse tombe, il se rend méprisable en raison de la consommation illicite des biens d’autrui.
Abou Ḥanîfa a dit : il est réprouvé de jouer aux échecs, au nard, au « quatorze » et à toute forme de divertissement. Si toutefois celui qui y joue ne se rend pas coupable d’un grand péché et que ses bonnes actions l’emportent sur ses mauvaises, son témoignage est accepté selon eux.
Ibn al-ʿArabî rapporte que les šâfiʿites estiment que les échecs diffèrent du nard : dans les échecs, l’intellect est mis à contribution et la perspicacité sollicitée, tandis que le nard n’est qu’un jeu de hasard où l’issue est inconnue, tel le partage effectué par les flèches divinatoires.
Septièmement : nos savants disent que les pièces de nard sont faites de bois de buis ou d’ivoire d’éléphant ; il en est de même pour les échecs, son « frère nourri du même lait ». Le nard est encore nommé al-Bâṭil, al-Kiʿâb, al-Arn à l’époque antéislamique, et aussi nard-šîr.
Dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, d’après Sulaymân b. Burayda, d’après son père, le Prophète — que les prières et la paix d’Allâh soient sur lui — a dit :
« Quiconque joue au nard-šîr, c’est comme s’il avait plongé sa main dans la chair et le sang du porc. »
Nos savants commentent : c’est-à-dire qu’il est comparable à celui qui trempe sa main dans la chair du porc afin de la préparer à la manger ; or un tel acte à l’égard du porc est formellement interdit. Le confirme la parole du Prophète — paix et salut sur lui : « Celui qui joue au nard a désobéi à Allâh et à Son Messager », rapportée par Mâlik et d’autres, d’après Abou Mûsâ al-Ashʿarî, ḥadith authentique. Ce texte prohibe catégoriquement le nard, et de même les échecs : il n’excepte ni moment ni circonstance, et déclare que le pratiquant est désobéissant envers Allâh et Son Messager. Il se peut toutefois que l’interdiction du nard vise le jeu pratiqué sous forme de pari, étant donné les récits rapportant que certains tâbiʿîn ont toléré les échecs sans enjeu d’argent. Néanmoins, appliquer l’interdiction de façon générale, que le jeu implique ou non un pari, est plus sûr et préférable, si Allâh le veut.
Abou ʿAbd Allâh al-Ḥalîmî dit dans son livre « Minhâj ad-Dîn » : il est rapporté à propos des échecs un ḥadith semblable à celui du nard, où le Messager d’Allâh — paix et salut sur lui — déclare : « Quiconque joue aux échecs a désobéi à Allâh et à Son Messager. »
Il est rapporté de ʿAlî — qu’Allâh l’agrée — qu’il passa devant une assemblée des Banû Tamîm occupés à jouer aux échecs. Il s’arrêta et dit : « Par Allâh ! Ce n’est pas pour cela que vous avez été créés ! Par Allâh ! N’eût été la crainte d’en faire une pratique courante, je vous en aurais frappé les visages. »
Et l’on rapporte encore de lui — qu’Allâh soit satisfait de lui — qu’il passa près de gens jouant aux échecs et dit : « Quelles sont donc ces idoles autour desquelles vous demeurez assidus ? Il vaudrait mieux pour l’un de vous de toucher…»