Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

(1) [Luqmân, 30].

L’égarement, dans son acception première, consiste à s’éloigner de la vérité. Le terme provient de l’expression «l’égarement du chemin», c’est-à-dire la déviation de sa direction.

Ibn ʿArafa a dit : «Chez les Arabes, l’égarement signifie suivre une voie autre que celle qui mène droit au but. On dit : “Il s’est égaré du chemin” et “Il a fait perdre la chose” lorsqu’il l’a dissipée.»

Dans la terminologie légale, le mot est réservé pour désigner le fait de s’écarter de la rectitude dans la croyance, à l’exclusion des actes. Singularité du terme : il peut également exprimer l’absence de connaissance de la Vérité – exalté soit-Il – lorsqu’elle n’est due qu’à la simple inadvertance, sans être accompagnée d’ignorance ou de doute.

C’est en ce sens que les savants ont interprété la parole du Très-Haut : «Il t’a trouvé égaré, alors Il t’a guidé» [Ad-Duḥâ, 7], c’est-à-dire inattentif, selon l’une des exégèses, conformément à Sa parole : «Tu ne savais ni ce qu’est le Livre ni ce qu’est la foi» [Ach-Chûrâ, 52].

Cinquièmement — ʿAbd Allâh ibn ʿAbd-il-Ḥakam et Ashhab ont rapporté d’après Mâlik, à propos de la parole du Très-Haut : «Qu’y a-t-il donc après la vérité sinon l’égarement ?» qu’il a dit : «Jouer aux échecs (ash-shiṭranj) et aux dés (an-nard) fait partie de l’égarement.»

Yûnus rapporte d’Ibn Wahb qu’on interrogea Mâlik au sujet d’un homme qui, chez lui, joue avec son épouse au jeu des «quatorze». Mâlik répondit : «Cela ne me plaît pas ; ce n’est pas dans l’habitude des croyants», citant la parole d’Allâh : «Qu’y a-t-il donc après la vérité sinon l’égarement ?»

Yûnus rapporte encore d’Ashhab : on questionna – c’est-à-dire Mâlik – au sujet du jeu d’échecs ; il dit : «Il n’y a aucun bien en lui, il ne vaut rien, il relève du faux ; tout divertissement est falsité. Il sied à l’homme doué de raison que sa barbe et ses cheveux grisonnants le détournent du faux.»

Az-Zuhrî, interrogé sur les échecs, répondit : «C’est du faux, et je ne les apprécie pas.»

Sixièmement — Les savants ont divergé sur la licéité de jouer aux échecs et autres jeux lorsqu’il n’y a pas de pari. La synthèse du madhhab de Mâlik et de la majorité des juristes est la suivante : celui qui ne mise pas d’argent, qui joue avec les siens, chez lui, à l’abri des regards, une fois par mois ou par an, de sorte que personne ne l’y voie ni ne le sache, est excusé ; ce n’est ni illicite ni réprouvé pour lui. Mais s’il s’adonne à ce jeu avec passion et qu’il s’y fasse connaître, sa dignité et son intégrité tombent, et son témoignage est refusé.

Quant à ach-Shâfiʿî, dans l’école de ses disciples, le témoignage de celui qui joue aux dés ou aux échecs n’est pas invalidé, pourvu qu’il soit probe à tous égards, qu’il ne manifeste ni frivolité, ni suspicion, ni péché majeur, à moins qu’il ne s’y adonne au jeu d’argent.

«١» [لقمان: ٣٠] . وَالضَّلَالُ حَقِيقَتُهُ الذَّهَابُ عَنِ الْحَقِّ، أُخِذَ مِنْ ضَلَالِ الطَّرِيقِ، وَهُوَ الْعُدُولُ عَنْ سَمْتِهِ. قَالَ ابْنُ عَرَفَةَ: الضَّلَالَةُ عِنْدَ الْعَرَبِ سُلُوكُ غَيْرِ سَبِيلِ الْقَصْدِ، يُقَالُ: ضَلَّ عَنِ الطَّرِيقِ وَأَضَلَّ الشَّيْءَ إِذَا أَضَاعَهُ. وَخُصَّ فِي الشَّرْعِ بِالْعِبَارَةِ «٢» [فِي الْعُدُولِ «٣» ] عَنِ السَّدَادِ فِي الِاعْتِقَادِ دُونَ الْأَعْمَالِ، وَمِنْ غَرِيبِ أَمْرِهِ أَنَّهُ يُعَبَّرُ بِهِ عَنْ عَدَمِ الْمَعْرِفَةِ بِالْحَقِّ سُبْحَانَهُ إِذَا قَابَلَهُ غَفْلَةٌ وَلَمْ يَقْتَرِنْ بِعَدَمِهِ جَهْلٌ أَوْ شَكٌّ، وَعَلَيْهِ حَمَلَ الْعُلَمَاءُ قَوْلَهُ تَعَالَى: " وَوَجَدَكَ ضَالًّا فَهَدى " «٤» [الضحى: ٧] أَيْ غَافِلًا، فِي أَحَدِ التَّأْوِيلَاتِ، يُحَقِّقُهُ قَوْلُهُ تَعَالَى: " مَا كُنْتَ تَدْرِي مَا الْكِتابُ وَلَا الْإِيمانُ" «٥» [الشورى: ٥٢] . الْخَامِسَةُ- رَوَى عَبْدُ اللَّهِ بْنُ عَبْدِ الْحَكَمِ وأشهب عن مالك في قوله تعالى: "فَماذا بَعْدَ الْحَقِّ إِلَّا الضَّلالُ" قَالَ: اللَّعِبُ بِالشِّطْرَنْجِ وَالنَّرْدِ مِنَ الضَّلَالِ. وَرَوَى يُونُسُ عَنِ ابْنِ وَهْبٍ أَنَّهُ سُئِلَ عَنِ الرَّجُلِ يَلْعَبُ فِي بَيْتِهِ مَعَ امْرَأَتِهِ بِأَرْبَعَ عَشْرَةَ، فَقَالَ مَالِكٌ: مَا يُعْجِبُنِي! وَلَيْسَ مِنْ شَأْنِ الْمُؤْمِنِينَ، يَقُولُ الله تعالى: "فَماذا بَعْدَ الْحَقِّ إِلَّا الضَّلالُ" . وَرَوَى يُونُسُ عَنْ أَشْهَبَ قَالَ: سُئِلَ- يَعْنِي مَالِكًا- عَنِ اللَّعِبِ بِالشِّطْرَنْجِ فَقَالَ: لَا خَيْرَ فِيهِ، وَلَيْسَ بِشَيْءٍ وَهُوَ مِنَ الْبَاطِلِ، وَاللَّعِبُ كُلُّهُ مِنَ الْبَاطِلِ، وَإِنَّهُ لَيَنْبَغِي لِذِي الْعَقْلِ أَنْ تَنْهَاهُ اللِّحْيَةُ وَالشَّيْبُ عَنِ الْبَاطِلِ. وَقَالَ الزُّهْرِيُّ لَمَّا سُئِلَ عَنِ الشِّطْرَنْجِ: هِيَ مِنَ الْبَاطِلِ وَلَا أُحِبُّهَا. السَّادِسَةُ- اخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي جَوَازِ اللَّعِبِ بِالشِّطْرَنْجِ وَغَيْرِهِ إِذَا لَمْ يَكُنْ عَلَى وَجْهِ الْقِمَارِ، فَتَحْصِيلُ مَذْهَبِ مَالِكٍ وَجُمْهُورِ الْفُقَهَاءِ فِي الشِّطْرَنْجِ أَنَّ مَنْ لَمْ يُقَامِرْ بِهَا وَلَعِبَ مَعَ أَهْلِهِ فِي بَيْتِهِ مُسْتَتِرًا بِهِ مَرَّةً فِي الشَّهْرِ أَوِ الْعَامِ، لَا يُطَّلَعُ عَلَيْهِ وَلَا يُعْلَمُ بِهِ أَنَّهُ مَعْفُوٌّ عَنْهُ غَيْرُ مُحَرَّمٍ عَلَيْهِ وَلَا مَكْرُوهٍ لَهُ، وَأَنَّهُ إِنْ تَخَلَّعَ «٦» بِهِ وَاشْتُهِرَ فِيهِ سَقَطَتْ مُرُوءَتُهُ وَعَدَالَتُهُ وَرُدَّتْ شَهَادَتُهُ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَلَا تَسْقُطْ فِي مَذْهَبِ أَصْحَابِهِ شَهَادَةُ اللَّاعِبِ بِالنَّرْدِ وَالشِّطْرَنْجِ، إِذَا كَانَ عَدْلًا فِي جَمِيعِ أَصْحَابِهِ، وَلَمْ يَظْهَرْ مِنْهُ سَفَهٌ وَلَا رِيبَةٌ وَلَا كَبِيرَةٌ إِلَّا أَنْ يلعب به قمارا،
(١). راجع ج ١٢ ص ٩١. (٢). في ب وع وهـ وى: بالعبادة. (٣). من ب وع وهـ وى. (٤). راجع ج ٢٠ ص ٩٦. (٥). راجع ج ١٦ ص ٥٤. (٦). تخلع في الشراب: انهمك فيه ولازمه ليلا ونهارا.

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