« Comme si elles avaient été couvertes », c’est-à-dire revêtues.
« Leurs visages, par des lambeaux » : « lambeaux » (qiṭaʿan) est le pluriel de qiṭʿa. Dans cette lecture, le terme « ténébreuse » (muẓliman) est un état (ḥâl) rattaché à « la nuit » ; autrement dit : leurs visages sont enveloppés de lambeaux de nuit, au moment même de son obscurité. Al-Kisâʾî et Ibn Kathîr ont lu « qiṭʿan » avec la consonne ṭâʾ non vocalisée ; dès lors, « ténébreuse » devient un adjectif, et il est aussi permis qu’il serve d’état renvoyant à « la nuit ». Le mot qiṭʿ désigne ce qui a été sectionné et est tombé. Ibn as-Sikkît dit : al-qiṭʿ est une portion de la nuit ; cela sera expliqué dans la sourate Hûd, s’il plaît à Allah Très-Haut.
Et le Jour où Nous les rassemblerons tous, puis Nous dirons à ceux qui auront associé : « Tenez-vous à votre place, vous et vos associés ! » Nous les séparerons alors les uns des autres et leurs associés diront : « Ce n’est pas nous que vous adoriez. » (Yûnus, 28)
Parole du Très-Haut :
« Et le Jour où Nous les rassemblerons » : c’est-à-dire que Nous les réunirons ; al-ḥashr signifie le rassemblement. « Tous » est un état (ḥâl). « Puis Nous dirons à ceux qui auront associé », c’est-à-dire qui ont pris un associé avec Allah : « À votre place » — demeurez où vous êtes, restez à vos stations — « vous et vos associés » ; il s’agit là d’une menace. « Nous les avons alors séparés » (fazayyelnâ baynahum) : Nous avons rompu et tranché les liens de solidarité qui existaient entre eux dans ce bas-monde. On dit : zayyaltuhu fatazayyala, « je l’ai séparé, il s’est séparé » ; c’est la forme faʿʿaltu, car on en tire le maṣdar tazyîlan ; s’il s’agissait de la forme fayʿaltu, on dirait zayla. Al-muzâyalah signifie la rupture ; on dit : zâyalahu Llâhu muzâyalatan wa-ziyâlan, lorsqu’Il s’en est séparé. At-tazâyul désigne la dissociation. Al-Farrâʾ rapporte qu’une lecture dit : « fazâyelnâ baynahum ». On dit : « lâ uzâyilu fulânan », « je ne me sépare pas de lui » ; tandis que « lâ uzâwilu-hu » a un autre sens : « je ne le trompe pas ».
« Et leurs associés dirent » : par « associés » on entend les anges ; d’autres disent : les diables ; d’autres encore : les idoles — qu’Allah leur donnera la parole —, et cet échange aura lieu entre eux. En effet, les polythéistes auront prétendu, à propos des diables qu’ils suivaient et des idoles qu’ils adoraient, que ceux-ci leur avaient ordonné de les adorer, disant : « Nous ne vous avons adorés qu’après que vous nous l’eûtes ordonné. » Mujâhid a dit : Allah fera parler les idoles, qui diront : « Nous n’avions aucune idée que c’était nous que vous adoriez, et jamais nous ne vous avons demandé de nous adorer. » Si l’on comprend les « associés » comme les diables, le sens est qu’ils parleront ainsi par stupeur, ou qu’ils mentiront et ruseront pour se disculper ; il se peut que de telles choses se produisent demain, quand bien même les certitudes seront alors indubitables.
« Il Nous suffit qu’Allah soit Témoin entre nous et vous ; nous étions certes indifférents à votre adoration » (Yûnus, 29).