Parole du Très-Haut :
« Si Tu nous sauves de celle-ci » : c’est-à-dire de ces épreuves et de ces effrois. Al-Kalbî dit : de ce vent.
« Nous serons certes parmi les reconnaissants » : c’est-à-dire parmi ceux qui agissent en obéissance à Ton égard pour le bienfait de la délivrance.
« Mais lorsqu’Il les eut sauvés » : c’est-à-dire qu’Il les tira d’affaire et les secourut,
« voilà qu’ils se livrent à la tyrannie sur la terre sans droit » : c’est-à-dire qu’ils commettent sur terre la corruption et les désobéissances.
Le terme baghy (l’injustice) désigne la corruption et le polythéisme ; il provient du verbe bagha al-jarḥu lorsque la plaie s’infecte. Son sens premier est la recherche : autrement dit ils recherchent la domination par la corruption. « Sans droit » signifie par le mensonge ; de là vient l’expression « baghat al-marʾatu » lorsqu’une femme recherche un autre que son époux.
Parole du Très-Haut :
« Ô gens ! Votre tyrannie ne retombe que sur vous-mêmes. » Autrement dit, son fardeau revient contre vous ; ainsi s’achève l’énoncé. Puis Il reprend :
« Jouissance éphémère de la vie d’ici-bas » : c’est-à-dire qu’il s’agit de la jouissance de la vie d’ici-bas, dépourvue de permanence.
An-Naḥḥâs dit : « votre tyrannie » est au nominatif parce qu’il s’agit du sujet, et son prédicat est « jouissance de la vie d’ici-bas ». L’expression « sur vous-mêmes » tient lieu d’objet du sens verbal inclus dans baghy. Il est également permis de prendre « sur vous-mêmes » comme prédicat, tout en sous-entendant un sujet, par exemple : « cela est jouissance de la vie d’ici-bas » ou « c’est une jouissance de la vie d’ici-bas ». Entre les deux interprétations existe une nuance subtile : si l’on élève « jouissance » en tant que prédicat de « votre tyrannie », le sens devient : seule la tyrannie des uns envers les autres vous concerne, à l’instar de « Saluez-vous les uns les autres » (An-Nûr : 61) et « Un Messager issu de vous-mêmes vous est certes venu » (At-Tawba : 128). Mais si le prédicat est « sur vous-mêmes », le sens devient : certes votre corruption revient sur vous, comme dans « et si vous agissez mal, ce sera à votre détriment ».
Sufyân ibn ʿUyayna rapporte qu’il faut comprendre que la tyrannie est une jouissance de la vie d’ici-bas, c’est-à-dire que sa sanction est hâtée pour son auteur dans ce monde, selon le proverbe : « l’injustice est une fosse ». Ibn Abî Isḥâq a lu « matâʿa » à l’accusatif, en tant que maṣdar : « vous jouissez de la jouissance de la vie d’ici-bas » ; ou bien par élision de la préposition, c’est-à-dire « pour la jouissance » ; ou encore comme maṣdar employé au sens de l’objet, à l’état de ḥâl : « jouissant » ; ou enfin comme circonstanciel : « dans la jouissance de la vie d’ici-bas ». Le rattachement de l’adverbe, de la préposition et du ḥâl renvoie au sens verbal de baghy, et « sur vous-mêmes » en est l’objet.
[Coran, sourate Yûnus (10), verset 24]
« La similitude de la vie d’ici-bas est comparable à une eau que Nous avons fait descendre du ciel ; grâce à elle se mêle la végétation de la terre, dont les hommes et les bêtes se nourrissent. Lorsque la terre a revêtu sa parure et s’est embellie et que ses habitants pensent qu’ils en ont le pouvoir, Notre ordre lui vient, de nuit ou de jour ; Nous la réduisons alors en champ moissonné, comme si elle n’avait pas prospéré la veille. Ainsi détaillons-Nous les signes pour des gens qui réfléchissent. »