« Nous étions cinq, six, voire sept à nous relayer sur le même chameau d’appoint. Lorsqu’arriva le tour d’un homme des Ansâr de monter sur son propre monture, il la fit agenouiller, s’installa dessus, puis la fit repartir ; mais l’animal manifesta quelque lenteur. Il lui lança alors : “Sha’ ! Qu’Allâh te maudisse !” Le Messager d’Allâh – paix et salut sur lui – dit alors : “Qui donc vient de maudire sa monture ?” L’homme répondit : “Moi, ô Messager d’Allâh.” Il dit : “Descends-en ; ne nous accompagne pas avec une bête maudite. Ne vous invoquez pas de mal à vous-mêmes, ni à vos enfants, ni à vos biens. Il se peut que votre supplication coïncide avec une heure où Allâh exauce les demandes, et Il répondrait alors contre vous.”
Dans une version qui n’est pas rapportée par l’Imâm Muslim, on lit que le Prophète – paix et salut sur lui – était en voyage lorsqu’un homme maudit sa chamelle. Il dit : “Où est celui qui a maudit sa monture ?” L’homme répondit : “Me voici, ô Messager d’Allâh.” Il dit : “Écarte-la de toi, car ta malédiction a été exaucée contre elle.” Ce récit est mentionné par Al-Halîmî dans « Minhâj ad-Dîn ».
Le terme « Sha’ » – transmis avec un sîn ou un shîn – est un cri pour stimuler le chameau, signifiant : “Avance !”
Troisièmement, au sujet de la Parole du Très-Haut : « Et si Allâh hâtait pour les gens le mal… », les savants ont dit : le ta‘jîl (l’acte de hâter) provient d’Allâh, tandis que l’isti‘jâl (la précipitation) vient du serviteur. Abû ‘Alî estime que les deux termes renvoient à Allâh et qu’il y a élision dans la phrase : « Si Allâh hâtait pour les gens le mal d’un empressement semblable à celui avec lequel ils cherchent le bien ». Puis l’expression « ta‘jîlan » a été omise, remplacée par son adjectif, lequel a ensuite été supprimé à son tour, laissant le complément – selon la méthode d’Al-Khalîl et de Sîbawayh. Pour Al-Akhfash et Al-Farrâ’, il faut comprendre « k-isti‘jâlihim » ; la kâf a été effacée et le mot mis à l’accusatif. Al-Farrâ’ explique : c’est comme si l’on disait : « J’ai frappé Zayd, (d’un) coup semblable au tien », c’est-à-dire : « comme ton coup ».
Ibn ‘Âmir a lu : « La-quuḍiya ilayhim ajaluhum » ; une lecture excellente, car elle se rattache directement à la Parole : « Et si Allâh hâtait pour les gens le mal… ».
Puis le Très-Haut dit : « Nous laissons ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre » : c’est-à-dire qu’Il ne leur hâte pas le châtiment, dans l’espoir qu’un d’eux se repente ou qu’il sorte de leurs reins un croyant. « Dans leur transgression, ils divaguent » : ils errent, perplexes. Le mot ṭughyân désigne l’orgueil et l’excès ; il a déjà été traité à propos de la sourate Al-Baqarah.
Il a également été dit que ce verset vise les gens de La Mecque et qu’il fut révélé lorsqu’ils dirent : « Ô Allâh, si cela est bien la Vérité venant de Toi… » (Al-Anfâl, 32), comme cela a été exposé plus haut. Allâh est plus Savant.