S’ils s’étaient mis sur la bonne voie, ce moment-là aurait été propice à leur foi ; mais, puisqu’ils s’entêtent dans la mécréance et s’y empêtrent, c’est comme s’ils s’étaient détournés de cette situation qui constituait pourtant une occasion d’examiner correctement et de se laisser guider. Ils n’ont donc pas écouté la récitation du Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allāh soient sur lui – avec l’écoute de celui qui médite et réfléchit à ses versets :
« Les pires des créatures, auprès d’Allāh, sont certes les sourds, les muets, ceux qui ne raisonnent pas. » (al-Anfāl, 22)
« Ne méditent-ils donc pas le Coran ? Ou bien y a-t-il sur leurs cœurs des cadenas ? » (Muḥammad, 24)
Parole du Très-Haut : « Qu’Allāh détourne leurs cœurs »
Il y a, à ce propos, trois questions.
Premièrement : l’expression « Qu’Allāh détourne leurs cœurs » est une invocation contre eux ; autrement dit : dites-leur cela. Il se peut aussi qu’il s’agisse d’une information indiquant que leurs cœurs ont été détournés du bien en rétribution de leurs actes. C’est une formule par laquelle on invoque, comme dans Sa parole : « Qu’Allāh les combatte » (at-Tawbah, 30). La préposition « bi- » dans « bi-annahum » est liée au verbe « ṣarafa ».
Deuxièmement : Ibn ‘Abbās a dit : Il est réprouvé de dire : « Nous nous sommes “inṣarafnā” de la prière », car il y eut un peuple qui « s’est détourné » et Allāh a détourné leurs cœurs ; dites plutôt : « Nous avons accompli la prière ». At-Ṭabarī a rapporté cela de lui. Ibn al-‘Arabī commente : Cela demande réflexion et je ne pense pas que ce soit correct, car la cohérence de la langue voudrait qu’on dise : « Que personne ne dise : nous nous sommes retirés de la prière, puisque, à propos d’un peuple, il fut dit : “Puis ils se sont détournés, et Allāh a détourné leurs cœurs.” »
Muḥammad b. ‘Abd al-Malik al-Qaysī, le prédicateur, nous a rapporté – Abū l-Faḍl al-Jawharī nous l’ayant transmis directement – qu’un jour, lors d’un convoi funèbre, l’orateur déclara : « Inṣarifū, qu’Allāh vous fasse miséricorde ! » On lui dit alors : « Que personne ne dise “inṣarifū”, car Allāh, exalté soit-Il, a dit au sujet d’un peuple qu’Il a blâmé : “Puis ils se sont détournés, et Allāh a détourné leurs cœurs.” Dites plutôt : “Inqalibū, qu’Allāh vous fasse miséricorde”, car Allāh, exalté soit-Il, a dit au sujet d’un peuple qu’Il a loué : “Et ils revinrent (inqalabū) avec un bienfait et une faveur d’Allāh, sans qu’aucun mal ne les eût touchés.” » (Āl ‘Imrān, 174)
Troisièmement : Allāh, glorifié soit-Il, informe dans ce verset qu’Il est Celui qui incline et détourne les cœurs, les retourne et les fait varier, en réfutation des Qadariyya qui prétendent que les cœurs des créatures sont en leur propre main, que leurs membres agissent sous leur seul contrôle, qu’ils disposent à leur guise et qu’ils jugent selon leur volonté et leur choix.
C’est pourquoi Mālik – selon ce qu’Ashhab rapporte de lui – a dit : « Qu’il est explicite, ce verset, pour réfuter les Qadariyya ! » : « Leur édifice qu’ils ont bâti ne cessera d’être un doute dans leurs cœurs jusqu’à ce que leurs cœurs se brisent » (at-Tawbah, 110).
Et Sa parole, Puissant et Majestueux, adressée à Noé : « Il ne croira plus, de ton peuple, que ceux qui ont déjà cru » (Hūd, 36) ; cela ne se produira jamais, ne reviendra pas et ne disparaîtra pas.