J’ai dit : La première opinion est la plus juste, car Allah — Très-Haut soit-Il — a considéré le fait de fouler les territoires des mécréants comme équivalent à s’emparer de leurs biens et à les expulser de leurs demeures ; c’est bien cela qui les irrite et leur fait goûter l’humiliation. Cet acte est donc mis sur le même plan que l’acquisition du butin, le meurtre et la capture des prisonniers. Dès lors, le butin devient dû par la simple incursion (al-idrâb) et non par la possession effective ; c’est pourquoi ‘Alî — qu’Allah l’agrée — a dit : « Aucun peuple n’a vu son territoire foulé au cœur même de sa demeure sans qu’il n’ait été avili. » Et Allah est plus savant.
Cinquièmement : Ce verset est abrogé par la parole du Très-Haut : « Et les croyants ne doivent pas partir tous ensemble… » ; son application valait lorsque les musulmans étaient peu nombreux, puis, lorsqu’ils devinrent nombreux, il fut abrogé et Allah permit à qui le voulait de rester en arrière ; tel est l’avis d’Ibn Zayd.
Mujâhid a dit : Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — envoya des gens dans les campagnes afin d’enseigner aux populations. À la révélation de ce verset, ils furent pris de crainte et revinrent ; Allah révéla alors : « Et les croyants ne doivent pas partir tous ensemble… »
Qatâdah a dit : Ceci était spécifique au Prophète — paix et bénédictions sur lui — ; lorsqu’il participait lui-même à une expédition, nul n’était autorisé à rester en arrière sinon pour une excuse. Quant aux autres imâms ou gouverneurs, il est permis à celui qui le souhaite, parmi les musulmans, de rester derrière eux tant que les gens n’ont pas besoin de lui et qu’aucune nécessité ne l’exige.
Un troisième avis veut que le verset demeure non abrogé. Al-Walîd ibn Muslim rapporte : « J’ai entendu al-Awzâʿî, Ibn al-Mubârak, al-Fazârî, al-Sabîʿî et Saʿîd ibn ʿAbd al-ʿAzîz affirmer que ce verset concerne aussi bien les premiers que les derniers membres de cette communauté. »
J’ai dit : L’opinion de Qatâdah est pertinente, comme l’atteste l’expédition de Tabûk ; et Allah est plus savant.
Sixièmement : Abû Dâwûd a rapporté d’après Anas ibn Mâlik que le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — a dit : « Vous avez laissé à Médine des hommes ; chaque fois que vous avez parcouru une distance, dépensé quelque somme ou traversé une vallée, ils étaient avec vous. » Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, comment peuvent-ils être avec nous alors qu’ils se trouvent à Médine ? » Il répondit : « Un empêchement légitime les a retenus. »
Muslim a également consigné, d’après Jabir, ce hadith : « Nous étions avec le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — lors d’une expédition, et il dit : “Il y a, à Médine, des hommes qui, chaque fois que vous avez parcouru une distance ou traversé une vallée, étaient avec vous ; la maladie les a retenus.” » Ainsi, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — accorda à celui qui est excusé une récompense identique à celle qu’il accorda au fort qui agit.
Cependant, certains ont prétendu que la récompense de l’excusé n’est pas multipliée, alors qu’elle l’est pour celui qui agit concrètement.
Ibn al-‘Arabî déclara : « Ceci revient à dicter un jugement à Allah — Très-Haut — et à restreindre l’ampleur de Sa miséricorde », et certaines personnes l’ont blâmé en disant