« Je n’irai pas lui demander une dispense en ce qui la concerne, alors que je suis un homme encore jeune ! »
Je demeurai ainsi dix autres nuits ; nous avions donc achevé cinquante nuits depuis que l’on nous avait interdit toute conversation.
Puis, le matin du cinquantième jour, après avoir accompli la prière de l’aube, j’étais assis sur le toit de l’une de nos maisons, dans l’état que Dieu a décrit : mon âme était oppressée et la terre, malgré son immensité, me paraissait étroite. Soudain, j’entendis la voix d’un crieur, juché sur le mont Salʿ, qui, de toute la force de sa voix, proclamait : « Ô Kaʿb ibn Mâlik, réjouis-toi ! »
Je me prosternai aussitôt, comprenant que le soulagement venait d’arriver.
En effet, le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — annonça aux gens, aussitôt après la prière de l’aube, que Dieu avait agréé notre repentir. Les gens se précipitèrent alors pour nous porter la bonne nouvelle : certains se dirigèrent vers mes deux compagnons, tandis qu’un cavalier accourut vers moi et qu’un homme de la tribu d’Aslam courut à pied, gravissant la montagne ; la voix, cependant, devança le cheval. Lorsque celui dont j’avais entendu la voix vint m’annoncer la bonne nouvelle, je retirai mes deux vêtements et les lui offris pour sa bonne annonce — par Allah, ce jour-là je ne possédais rien d’autre qu’eux. J’empruntai alors deux autres vêtements, les revêtis et partis rejoindre le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue.
Les gens m’accueillaient par groupes successifs, me félicitant et disant : « Qu’Allah te félicite de l’agrément de ton repentir ! » Lorsque j’entrai dans la mosquée, le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — s’y trouvait assis, entouré de ses compagnons. Ṭalḥa ibn ʿUbayd-Allah se leva précipitamment, vint à ma rencontre, me serra la main et me félicita ; par Allah, nul autre parmi les Émigrés ne se leva ce jour-là. Kaʿb ne l’oublia jamais à Ṭalḥa.
Kaʿb raconte : Lorsque je saluai le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue —, son visage rayonnait de joie et il me dit : « Réjouis-toi du meilleur jour que tu aies jamais vécu depuis que ta mère t’a mis au monde ! »
Je demandai : « Ô Messager d’Allah, cela vient-il d’Allah ou de toi ? » Il répondit : « Non, c’est d’Allah. » Le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue —, lorsqu’il se réjouissait, voyait son visage s’illuminer au point de ressembler à un morceau de lune ; nous le reconnaissions à ce signe.
Lorsque je me fus assis devant lui, je dis : « Ô Messager d’Allah, il fait partie de la grâce qu’Allah m’a accordée dans mon repentir que je me dépouille de tous mes biens en aumône pour Allah et pour Son Messager. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — répondit : « Garde pour toi une partie de tes biens, cela sera meilleur pour toi. » Je répondis : « Je garderai donc ma part de Khaybar. »
J’ajoutai : « Ô Messager d’Allah, c’est la sincérité qui m’a valu le salut d’Allah ; et il fait partie de mon repentir que plus jamais je ne m’exprime autrement que par la vérité, tant que je vivrai. »
Par Allah, je ne connais aucun musulman qu’Allah ait autant éprouvé dans la véracité de la parole qu’Il ne l’a fait pour moi depuis ce jour