Troisièmement – Parole du Très-Haut : « … alors il s’écroula avec lui dans le Feu de la Géhenne. »
Le sujet du verbe « s’écroula » (انْهارَ) est le « gorf » (الْجُرُفُ, la berge friable) ; c’est comme s’il avait dit : « la berge s’effondra avec l’édifice dans le Feu », car le mot gorf est masculin. Il est également permis que le pronom « –hi » dans « avec lui » (بِهِ) renvoie à « celui qui » (مَنْ), c’est-à-dire au bâtisseur ; le sens serait alors : « s’est effondré celui qui a édifié son bâtiment sans piété. » Cette noble ayah constitue une parabole pour eux : qui vaut mieux, celui qui fonde sa construction sur l’Islam ou celui qui la fonde sur l’association et l’hypocrisie ? Il montre que l’ouvrage du mécréant est semblable à un édifice bâti au bord même de la Géhenne, prêt à s’abîmer avec ses occupants. – Quant au mot « ash-shafâ » (ٱلشَّفَا), il désigne le rebord, et l’expression « ashfâ ‘alâ… » signifie « s’approcher du bord de… ».
Quatrième point – Cette ayah établit que toute chose entreprise avec l’intention de la piété envers Allah, exalté soit-Il, et la recherche de Sa Face généreuse, est celle qui demeure, qui procure le bonheur à son auteur, qui s’élève vers Allah et lui est présentée. C’est ce dont parle Sa parole : « Et subsistera la Face de ton Seigneur, pleine de Majesté et de Munificence » (ar-Rahmân : 27) selon l’une des deux exégèses, ainsi que Sa parole : « … les œuvres durables et vertueuses » (al-Kahf : 46), comme il sera expliqué, si Allah le veut.
Cinquième point – Les savants se sont divisés à propos de la parole du Très-Haut : « … alors il s’écroula avec lui dans le Feu de la Géhenne » : s’agit-il d’une réalité ou d’une image ? Deux avis :
- L’avis majoritaire tient qu’il s’agit d’une réalité ; lorsque le Prophète ﷺ envoya (des Compagnons) le démolir, on vit de la fumée en sortir ; c’est ce qu’a rapporté Sa‘îd ibn Jubayr. Certains racontent qu’un homme y introduisait une feuille de palmier et la retirait noircie, brûlée. Les exégètes rapportent aussi que lorsqu’on creusait l’endroit qui s’était affaissé, il en sortait de la fumée. ʽÂṣim ibn Abî n-Nujûd a rapporté, d’après Zur ibn Ḥubayš, d’après Ibn Masʽûd, que celui-ci disait : « La Géhenne se trouve dans la terre », puis il récita : « … alors il s’écroula avec lui dans le Feu de la Géhenne. » Jâbir ibn ʽAbd-Allâh a dit : « J’ai moi-même vu la fumée en sortir du vivant du Messager d’Allah ﷺ. »
- Le second avis y voit une figure ; le sens est que l’édifice s’est trouvé, par son sort, dans le Feu de la Géhenne, comme s’il s’y était écroulé et y avait chuté. C’est semblable à Sa parole : « Sa mère sera un abîme » (al-Qâriʿah : 9). L’apparence favorise toutefois le premier avis, car rien n’en rend la réalité impossible ; Allah en sait plus.
(Sourate at-Tawbah, 9 : 110) : « Leur édifice qu’ils ont bâti ne cessera d’être un sujet de doute dans leurs cœurs, jusqu’à ce que leurs cœurs se déchirent. Et Allah est Omniscient, Sage. »