C’est-à-dire : « par le cours des années et par l’écoulement du temps ». Si l’on a été amené à cette interprétation, c’est parce que, selon les principes des grammairiens, la préposition « min » ne régit pas d’ordinaire les compléments de temps ; ceux-ci sont régis par « mundhu » (depuis). On dira : « Je ne l’ai pas vu منذ un mois, une année ou un jour », et l’on ne dira pas : « min un mois, min une année ou min un jour ». Lorsqu’elle apparaît dans la phrase et qu’elle est suivie d’une expression temporelle, on sous-entend donc un mot convenant à être régi par « min », comme nous l’avons expliqué dans l’analyse du vers.
Ibn ʿAṭiyya dit : Il me paraît préférable, dans ce verset, de se passer de toute élision supposée et de considérer que « min » régit directement le mot « awwali » (premier), car il contient l’idée de commencement, comme si l’on avait dit : « à partir du début des jours ».
Sixièmement : parole du Très-Haut : « Il est plus digne que tu t’y tiennes debout ». C’est-à-dire : que tu t’y tiennes ; le verbe est alors au régime de l’accusatif. « Aḥaqqu » est la forme « afʿal » dérivée de « ḥaqq », et la forme « afʿal » ne s’emploie qu’entre deux choses partageant une même signification, l’une possédant dans ce domaine une prééminence sur l’autre. Ainsi, la mosquée du ḍirâr, bien qu’elle soit invalide et dépourvue de droit, partage avec la mosquée fondée sur la piété le caractère de « mosquée », soit du point de vue de la conviction de ses bâtisseurs, soit du point de vue de celui qui croit licite de s’y tenir debout parce qu’il s’agit d’une mosquée. Cependant, l’une de ces deux convictions est fausse, intérieurement, auprès d’Allah, tandis que l’autre est vraie tant au for intérieur qu’au for extérieur.
Il en est de même de la parole du Très-Haut : « Ce jour-là, les gens du Paradis auront le meilleur lieu de séjour et le plus agréable endroit de repos » (Al-Furqân, 24). Il est évident que la supériorité par rapport au Feu est hors de propos ; néanmoins la formulation épouse la croyance de chaque groupe qu’il est dans le bien et que sa destinée est heureuse, car « chaque parti se réjouit de ce qu’il détient ».
Cela ne relève pas du type d’énoncé : « Le miel est plus doux que le vinaigre ». En effet, si le miel est doux, tout ce qui convient à quelqu’un est pour lui douceur ; ne vois-tu pas que certains préfèrent le vinaigre au miel, qu’on le prenne seul ou associé à autre chose ?
Septièmement : parole du Très-Haut : « en son sein (fîhi) ». Ceux qui soutiennent que la mosquée visée est la mosquée du Prophète — paix et salut sur lui — font revenir le pronom « hi » dans « plus digne que tu t’y tiennes » ainsi que dans « en son sein se trouvent des hommes… » à cette mosquée. Ceux qui estiment qu’il s’agit de la mosquée de Qubâʾ rapportent le pronom à celle-ci, selon la divergence déjà mentionnée.
Huitièmement : Allah, exalté soit-Il, fait l’éloge, dans ce verset, de celui qui aime la pureté et privilégie la propreté ; c’est là à la fois une noblesse humaine et une prescription légale. Dans le Sunan at-Tirmidhî, on rapporte d’après ʿÂʾisha — qu’Allah l’agrée — qu’elle dit : « Ordonnez à vos maris de se purifier à l’eau, car j’en suis gênée vis-à-vis d’eux. » At-Tirmidhî dit : « Hadith authentique. » Et il est établi que