Cela laisse entendre qu’il suffit, pour être compté parmi eux, d’avoir seulement entendu un Compagnon ou de l’avoir rencontré, quand bien même la « compagnie reconnue » (aṣ-ṣuḥba al-ʿurfiyya) ne se serait pas concrétisée.
On a, en outre, affirmé que le nom de « tābiʿīn » s’applique à quiconque embrassa l’islam après le traité d’al-Hudaybiyya, tels Khâlid ibn al-Walîd, ʿAmr ibn al-ʿÂṣ et ceux qui leur sont assimilés parmi les nouveaux musulmans de la Conquête. On s’appuie, pour cela, sur le fait établi qu’Abd ar-Raḥmân ibn ʿAwf se plaignit auprès du Prophète — que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui — de Khâlid ibn al-Walîd. Le Prophète dit alors à Khâlid :
« Laissez-moi mes Compagnons ! Par Celui qui détient mon âme en Sa main, si l’un de vous dépensait chaque jour en or l’équivalent de la montagne d’Uḥud, il n’atteindrait jamais la mesure d’un mudd qu’ils ont donnée, ni même sa moitié. »
Fait étonnant : l’imam al-Hâkim Abû ʿAbd Allah a rangé Nuʿmân et Suwayd, fils de Muqarrin al-Muzanî, parmi les tābiʿīn lorsqu’il énumère les frères appartenant à cette génération, alors qu’ils sont deux Compagnons bien connus, mentionnés dans les ouvrages consacrés aux Compagnons, et qu’ils ont assisté à la bataille du Fossé, comme il a été rappelé. Allah est plus savant.
Les plus éminents des tābiʿīn sont les sept jurisconsultes de Médine : Saʿîd ibn al-Musayyab, al-Qâsim ibn Muḥammad, ʿUrwa ibn az-Zubayr, Khârija ibn Zayd, Abû Salama ibn ʿAbd ar-Raḥmân, ʿAbd Allah ibn ʿUtba ibn Masʿûd, et Sulaymân ibn Yasâr.
Un homme de mérite les a réunis dans un seul vers en disant :
« Prends-les donc : ʿUbayd Allah(1), ʿUrwa, al-Qâsim,
Saʿîd, Abû Bakr(2), Sulaymân et Khârija. »
Aḥmad ibn Ḥanbal a déclaré : « Le meilleur des tābiʿīn est Saʿîd ibn al-Musayyab. » On lui demanda : « Et qu’en est-il de ʿAlqama et d’al-Aswad ? » Il répondit : « [Après lui] Saʿîd ibn al-Musayyab, ʿAlqama et al-Aswad. »
Il rapporte encore : « Les meilleurs des tābiʿīn sont : Qays, Abû ʿUthmân, ʿAlqama et Masrûq ; ceux-là étaient vertueux et comptaient parmi l’élite des tābiʿīn. »
Il dit également : « ʿAtâʾ fut le mufti de La Mecque et al-Ḥasan le mufti de Baṣra ; ce sont les deux maîtres dont les gens ont le plus reçu, bien qu’il faille demeurer général sur ce point. »
Abû Bakr ibn Abî Dâwûd a rapporté : « Les deux plus illustres femmes parmi les tābiʿīn sont Ḥafṣa bint Sirîn et ʿAmra bint ʿAbd ar-Raḥmân ; la troisième — qui n’atteint pas leur rang — est Umm ad-Dardâʾ(3). »
Al-Ḥâkim Abû ʿAbd Allah a encore dit : « Il existe une catégorie qu’on compte parmi les tābiʿīn alors qu’aucune audition authentique d’un Compagnon n’a été établie pour aucun d’entre eux. On y trouve Ibrâhîm ibn Suwayd an-Nakhaʿî — à ne pas confondre avec le juriste Ibrâhîm ibn Yazîd an-Nakhaʿî —, Bukayr ibn Abî as-Samîṭ(4) et Bukayr ibn ʿAbd Allah al-Ashajj, entre autres. »
Il ajouta : « Un autre groupe est, pour le commun des gens, compté parmi les successeurs des tābiʿīn. Ceux-là ont toutefois rencontré des Compagnons ; citons Abû z-Zinâd ʿAbd Allah ibn Dhakwân, qui rencontra ʿAbd Allah ibn ʿUmar et Anas, ainsi que Hishâm ibn ʿUrwa, qu’on fit entrer auprès de ʿAbd Allah ibn ʿUmar…»