Soixante-dix ans en est venu, pour eux, à signifier l’équivalent de l’expression : « Je ne lui adresserai jamais la parole. »
De la même façon, parmi les hyperboles, figure la parole du Très-Haut :
« … dans une chaîne dont la longueur est de soixante-dix coudées » (69 : 32),
et la parole du Prophète – paix et salut sur lui : « Quiconque jeûne un jour dans le sentier d’Allâh, Allâh éloignera son visage du Feu de soixante-dix automnes. »
Un groupe de savants – parmi lesquels al-Ḥasan, Qatādah et ʿUrwah – a dit : il s’agit d’un pouvoir discrétionnaire : « Si tu le veux, implore le pardon pour eux, et si tu le veux, ne l’implore pas. »
C’est pourquoi, lorsque le Messager d’Allâh voulut accomplir la prière funéraire sur Ibn Ubayy, ʿUmar dit : « Vas-tu prier sur l’ennemi d’Allâh qui, tel jour, a tenu tel et tel propos ? » Il répondit : « On m’a laissé le choix, et j’ai choisi. »
Ils dirent ensuite : cet assouplissement fut abrogé lorsque fut révélé :
« Que tu implores le pardon pour eux ou que tu ne l’implores pas, cela leur est égal… » (9 : 80),
« … C’est parce qu’ils ont mécru »,
c’est-à-dire qu’Allâh ne leur pardonnera pas en raison de leur mécréance.
Cinquièmement – Sa parole, exalté soit-Il :
« Il n’appartient pas au Prophète ni à ceux qui ont cru d’implorer le pardon pour les polythéistes… » (9 : 113).
Cette āyah fut révélée à La Mecque lors du décès d’Abû Ṭâlib, comme cela sera expliqué. On en déduit l’interdiction de demander pardon pour celui qui meurt dans la mécréance. Elle est antérieure à l’autre verset dont certains ont compris qu’il s’agissait d’un choix, à cause de sa parole : « En vérité, Allâh m’a laissé le choix. » Cela soulève une difficulté.
On a donc dit : la demande de pardon qu’il formula pour son oncle visait un pardon espéré, susceptible de lui procurer la miséricorde. A ce sujet, il sollicita la permission de son Seigneur pour prier de même en faveur de sa mère, mais ne l’obtint point. Quant à la demande de pardon pour les hypocrites, au sujet de laquelle il reçut un choix, il ne s’agissait que d’une invocation verbale, sans effet réel ; son but ultime était de réconforter les cœurs de certains vivants parmi les proches du défunt. Allâh est plus savant.
Sixièmement – Les savants ont divergé au sujet du fait que le Prophète – paix et salut sur lui – donna sa tunique à ʿAbdullâh.
Certains ont dit : il ne la lui donna que parce que ʿAbdullâh avait, le jour de Badr, offert sa propre tunique à al-ʿAbbâs, l’oncle du Prophète – paix et salut sur lui. En effet, lorsque al-ʿAbbâs fut fait prisonnier lors de Badr – comme cela a été mentionné – on l’avait dépouillé de son vêtement. Le Prophète – paix et salut sur lui – le voyant dans cet état, eut pitié de lui et chercha pour lui une tunique ; on n’en trouva aucune à sa taille hormis celle de ʿAbdullâh, car ils étaient de taille proche. Par ce don, le Prophète voulut acquitter, dans ce bas-monde, la faveur reçue, de sorte qu’il ne le rencontrât pas dans l’au-delà avec à son actif un bienfait à rétribuer.
D’autres ont dit : il ne la lui donna que par égard pour son fils, pour répondre à sa demande et apaiser son cœur. La première opinion est la plus correcte ; al-Bukhârî l’a rapportée d’après Jâbir.