« Les “k h â l i f î n” » : il s’agit de ceux, parmi les hypocrites, qui sont restés à l’arrière.
Al-Ḥasan (al-Baṣrî) a dit : « [Ils sont restés] avec les femmes et les hommes faibles », et le masculin l’emporte dans la formulation.
On a également dit : le sens est : « Restez donc assis avec les gens corrompus ». On dit en effet : « Un tel est “khâlifa” de sa famille » lorsqu’il est le perverti d’entre eux ; de même, on parle du « khalûf » (l’haleine altérée) de la bouche du jeûneur.
De même encore, l’on dit : « khalafa al-laban » – le lait a tourné, s’est corrompu après un long séjour dans le récipient. Ainsi, la signification serait : « Restez donc avec les corrompus ». Cela prouve qu’il n’est pas permis d’emmener, dans une expédition, celui qui démoralise et dissuade (al-mukhadhdhil).
« Et ne fais jamais la prière funéraire pour aucun d’entre eux lorsqu’il meurt, et ne te tiens pas sur sa tombe ; ils ont mécru en Allah et en Son Messager, et ils sont morts en état de perversité. » (Sourate at-Tawbah, 9 : 84)
Ce passage comporte onze questions juridiques :
- Il est rapporté que ce verset fut révélé au sujet de ʿAbd Allâh b. Ubayy b. Salûl et de la prière que le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui – accomplit sur lui. Cela est établi dans les deux Ṣaḥîḥ et ailleurs. Les transmissions concordent pour dire que le Prophète – qu’Allah le couvre d’éloges et le salue – pria sur lui, puis que le verset fut révélé après cela.
Il est rapporté d’Anas b. Mâlik que, lorsque le Prophète – paix et bénédictions sur lui – s’avança pour diriger la prière funéraire, l’ange Gabriel vint tirer son vêtement et récita devant lui : « Et ne fais jamais la prière funéraire pour aucun d’entre eux… » ; le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – se détourna alors et ne pria pas sur lui. Or, les chaînes authentiques rapportent le contraire :
Dans le Ṣaḥîḥ de al-Bukhârî, d’après Ibn ʿAbbâs : le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – pria sur lui, puis se retira ; il ne s’était pas encore écoulé beaucoup de temps que les deux versets de la Sourate al-Barâ’ah furent révélés : « Et ne fais jamais la prière funéraire… ».
Une version semblable, d’après Ibn ʿUmar, est rapportée par Muslim.
Ibn ʿUmar raconte : lorsque ʿAbd Allâh b. Ubayy b. Salûl mourut, son fils ʿAbd Allâh se rendit auprès du Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – et le supplia de lui donner sa tunique afin d’en envelopper (le corps de) son père ; il la lui donna. Il le supplia ensuite de prier sur lui. Le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – se leva donc pour prier sur lui.
ʿUmar se leva alors, saisit le vêtement du Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – et dit : « Ô Messager d’Allah ! Vas-tu prier sur lui alors qu’Allah t’a interdit de prier sur lui ? »
Le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – répondit : « Allah – Exalté soit-Il – m’a seulement laissé le choix en ces termes :
“Implore donc le pardon pour eux, ou n’implore pas le pardon pour eux ; même si tu implores pour eux soixante-dix fois, Allah ne leur pardonnera pas.” (at-Tawbah, 9 : 80)
Et j’irai au-delà des soixante-dix…»