Je dis : Thaʿlaba était un Badri, issu des Ançâr, et fait partie de ceux dont Allah et Son Messager ont attesté la foi, comme on le verra au début de la sourate Al-Mumtaḥana. Tout ce qui a été rapporté à son sujet n’est donc pas avéré.
Abû ʿUmar dit : Il se peut que l’opinion de ceux qui prétendent que Thaʿlaba est l’avare de la zakât visé par le verset soit inexacte ; Allah est plus Savant.
Ad-Ḍaḥḥâk déclara : Le verset fut révélé au sujet de quelques hommes parmi les hypocrites : Nabitl ibn al-Ḥârith, Jadd ibn Qays et Muʿattib ibn Qushayr.
Je dis : Cette explication paraît plus proche de la vérité quant à la révélation du verset à leur propos ; toutefois, la parole divine : « Il fit succéder l’hypocrisie dans leurs cœurs » indique que celui qui conclut le pacte avec Allah n’était pas auparavant hypocrite, à moins que le sens ne soit : Il leur accrut l’hypocrisie, dans laquelle ils persévérèrent jusqu’à la mort, comme le dit le Très-Haut : « …jusqu’au Jour où ils Le rencontreront », ainsi qu’on le verra.
Deuxièmement – Nos savants ont dit : Lorsque le Très-Haut déclare : « Et parmi eux, il y a celui qui a pactisé avec Allah », cela peut signifier qu’il L’a pactisé de la langue sans l’avoir cru dans son cœur ; il se peut aussi qu’il L’ait pactisé avec la langue et le cœur, mais qu’une mauvaise fin l’ait rattrapé, car les actes se jugent à leur terme et les jours à leur issue. Le pronom relatif « man » est sujet, son prédicat résidant dans le complément prépositionnel. L’expression de serment apparaît dans le ḥadith ; or, dans le texte coranique, il n’y a pas de serment explicite, sinon par simple engagement et obligation. Néanmoins, la tournure équivaut, quant au sens, à un serment : la lettre lâm l’indique. Deux lâm ont été employées : la première pour le serment, la seconde comme lâm de la réponse, toutes deux renforçant l’affirmation.
D’aucuns ont dit qu’il s’agissait des deux lâm du serment ; la première opinion est la plus évidente, et Allah est plus Savant.
Troisièmement – Le pacte, le divorce et tout jugement relevant de la seule personne, sans dépendre d’autrui, deviennent obligatoires pour elle par la simple intention, même sans formulation verbale ; c’est l’avis de nos savants.
Al-Shâfiʿî et Abû Ḥanîfa soutiennent qu’aucun jugement ne devient obligatoire pour qui que ce soit tant qu’il ne l’a pas exprimé verbalement ; telle est aussi l’autre opinion rapportée de nos maîtres.
Ibn al-ʿArabî : La preuve de la validité de notre position est le récit qu’Ashhab rapporte de Mâlik : on lui demanda : « Si un homme conçoit dans son cœur l’intention de divorcer sans la prononcer, qu’en est-il ? » – Il répondit : « Le divorce devient effectif, de même que l’on peut être croyant par le cœur ou mécréant par le cœur. »
Ibn al-ʿArabî ajouta : Voilà un principe remarquable ; on peut le formuler ainsi : tout contrat qui, pour être assumé, ne requiert pas l’intervention d’autrui, se conclut par la seule intention ; son archétype est la foi et la mécréance.