Je lui demandai alors : « Quel lien (mawlâ) les rattache donc à eux ? » Il répondit : « Je ne sais pas ce que signifie “mawlâ”. » Je lui opposai comme argument la parole du Prophète — paix et salut sur lui : « Le mawla d’un peuple fait partie d’eux. » Il répliqua : « Le Messager d’Allah a aussi dit : “Le fils de la sœur d’un peuple fait partie d’eux”. » Asbagh ajouta : « Cela concerne la bienfaisance et le respect dû (aux liens de parenté). »
Trentième point : – La parole du Très-Haut : « (farîḍatan mina Llâh) – une prescription venant d’Allah ».
Selon Sîbawayh, « farîḍatan » est à l’accusatif pour marquer le maf‘ûl muṭlaq ; c’est-à-dire : « Allah a prescrit les aumônes à titre d’obligation ». Al-Kisâ’î autorise le nominatif par rupture de construction : « elles sont une obligation ».
Az-Zajjâj dit : « Je ne sais pas qu’on l’ait jamais récitée ainsi (au nominatif). »
Je (l’auteur) dis : Ibrâhîm b. Abî ‘Abla l’a pourtant lue ainsi, en en faisant un prédicat, comme on dit : « Innamâ Zaydun khârijun » (« Seul Zayd est sorti »).
[Coran, sourate at-Tawba 9 : 61]
« Parmi eux se trouvent ceux qui nuisent au Prophète et disent : “C’est une oreille”. Dis : “C’est une oreille de bien pour vous ; il croit en Allah, il fait confiance aux croyants, et c’est une miséricorde pour ceux d’entre vous qui ont la foi. Quant à ceux qui nuisent au Messager d’Allah, ils auront un châtiment douloureux.” »
Le Très-Haut indique qu’au sein des hypocrites se trouve un groupe qui se répandait en médisances pour blesser le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et de paix — et disait : « S’il me réprimande, je lui jurerai que je n’ai rien dit et il l’acceptera, car il est une oreille qui entend tout. »
Al-Jawharî précise : on traite d’« oreille » un homme qui prête l’oreille à la parole de quiconque ; le terme vaut au singulier comme au pluriel.
‘Alî b. Abî Ṭalḥa rapporte d’Ibn ‘Abbâs, à propos du verset : « (C’est) une oreille », qu’il signifie : « Il écoute et agrée. »
Le verset fut révélé au sujet de ‘Aṭṭâb b. Qushayr, qui disait : « Muḥammad n’est qu’une oreille, il accepte tout ce qu’on lui dit. »
D’autres ont dit, rapporte Ibn Isḥâq, qu’il s’agissait de Nabatl b. al-Ḥârith ; c’était un homme corpulent, aux cheveux et à la barbe hirsutes, brun, les yeux injectés de rouge, les joues noirâtres, d’aspect disgracieux. C’est de lui que le Prophète — paix et salut sur lui — a dit : « Qui veut voir le diable, qu’il regarde Nabatl b. al-Ḥârith. »
As-suf‘a, avec ḍamma, désigne une noirceur mêlée de rouge ; on dit d’un homme qu’il est asfa‘, dit Al-Jawharî.
Le mot « udhun » (oreille) a aussi été lu avec ḍamma sur le dâl et sukun sur le dhâl.
« Dis : c’est une oreille de bien pour vous » : autrement dit, il est une oreille qui n’entend que le bien, non le mal. Al-Ḥasan et ‘Āṣim (selon la transmission d’Abû Bakr) ont lu : « (Qul) udhunun khayrun lakum » au nominatif, avec tanwîn. Les autres lecteurs l’ont lu en annexion (udhun khayr). Ḥamza a lu « wa raḥmatin » à la kasra ; les autres, au nominatif, en coordination avec « udhun ». Le sens est : « Dis : c’est une oreille de bien, et c’est une miséricorde ».