Vingt-et-unième point – Les savants ont divergé pour savoir si l’on peut acquitter, au moyen de la Zakât, la dette laissée par un défunt.
Abou Ḥanīfa dit : « On ne règle pas la dette d’un mort avec l’aumône légale », position qu’a également retenue Ibn al-Mawwâz.
Abou Ḥanīfa ajoute : « De même, on ne verse rien de ce fonds à celui qui doit s’acquitter d’une kafâra (expiation) ou de tout autre droit d’Allâh ; le “débiteur” (al-ghârim) désigne exclusivement celui dont la dette est telle qu’il risque l’incarcération. »
Nos savants, ainsi que d’autres, soutiennent, au contraire, que la dette du défunt peut être honorée à même la Zakât, car il entre dans la catégorie des muĝrimîn (les endettés). Le Prophète – paix et bénédictions sur lui – a en effet déclaré : « J’ai plus de droit sur chaque croyant que lui-même ; celui qui laisse un bien, il revient à ses héritiers ; celui qui laisse une dette ou une famille à charge, la responsabilité m’en incombe. »
Vingt-deuxième point – Quant à la parole d’Allâh : « … et dans la voie d’Allâh » (wa fî sabîl illâh), elle vise les combattants et les postes de ribâṭ. On leur attribue, qu’ils soient riches ou pauvres, ce dont ils ont besoin pour leurs dépenses de combat. Tel est l’avis de la majorité des savants et la synthèse de l’école de Mâlik – qu’Allâh lui fasse miséricorde.
Ibn ʿUmar, cependant, y voit les pèlerins du Ḥağğ et de la ʿUmra. D’après ce qui est rapporté d’Aḥmad et d’Isḥâq – qu’Allâh leur fasse miséricorde –, l’expression « fî sabîl illâh » se limite au Ḥağğ.
Al-Bukhârî rapporte, d’après Abû Lâs, que « le Prophète – paix et bénédictions sur lui – nous fit monter, pour le Ḥağğ, sur des chamelles provenant de la Ṣadaqa ». Il est aussi rapporté d’Ibn ʿAbbâs qu’il affranchissait des esclaves avec la Zakât de son patrimoine et qu’il en consacrait une part au Ḥağğ.
Abû Muḥammad ʿAbd al-Ġanî, le ḥâfiẓ, a rapporté : Muḥammad b. Muḥammad al-Ḫayyâš nous a conté – Abû Ġassân Mâlik b. Yaḥyâ nous l’a relaté – Yazîd b. Hârûn nous a informés – de Mahdî b. Maymûn, d’après Muḥammad b. Abî Yaʿqûb, d’après ʿAbd al-Raḥmân b. Abî Nuʿm (surnommé Abû al-Ḥakam) :
« J’étais assis auprès d’ʿAbd Allâh b. ʿUmar lorsqu’une femme vint le trouver et lui dit : “Ô Abû ʿAbd al-Raḥmân, mon époux a légué son bien ‘dans la voie d’Allâh’.” Ibn ʿUmar répondit : “Qu’il en soit comme il l’a dit : ‘dans la voie d’Allâh’.” Je lui dis alors : “Tu n’as fait qu’accroître son angoisse au sujet de ce qu’elle t’a demandé !” Il dit : “Que veux-tu que je fasse, ô fils d’Abî Nuʿm ? Que je lui ordonne de le remettre à ces troupes qui sortent, sèment la corruption sur terre et coupent les routes ?!” Je demandai : “Que lui ordonnes-tu donc ?” Il répondit : “Je lui ordonne de l’attribuer à des gens vertueux : aux pèlerins de la Maison sacrée d’Allâh. Ceux-là sont les hôtes du Tout-Miséricordieux… les hôtes du Tout-Miséricordieux… les hôtes du Tout-Miséricordieux ; ils ne sauraient être comparés aux hôtes de Satan.” Il répéta cette phrase trois fois.
Je dis : “Ô Abû ʿAbd al-Raḥmân, qui sont donc les hôtes de Satan ?” Il répondit : “Des gens qui se présentent chez ces gouverneurs, colportant à leur intention des propos (mensongers), œuvrant parmi les musulmans à répandre la calomnie ; on les rémunère par des gratifications et des dons pour ces méfaits.”