Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Abû l-Faraj al-Jawzî rapporte, dans son ouvrage « Al-Wafâ fî Sharaf al-Muṣṭafâ », et Abû ‘Umar le mentionne également dans son « Kitâb as-Ṣaḥâbah », qu’il (s’agit d’un Compagnon) atteignit l’islam à l’âge de soixante ans et qu’il décéda à cent-vingt ans. Il cite aussi Ḥamnan b. ‘Awf, frère de ‘Abd ar-Raḥmân b. ‘Awf, lequel vécut soixante ans dans l’islam et soixante ans dans la période antéislamique.

Parmi ceux dont les cœurs étaient à rallier (al-muʾallafatu qulûbuhum) on a compté Mu‘âwiya ainsi que son père Abû Sufyân b. Ḥarb. Quant à Mu‘âwiya, il est très improbable qu’il relève de cette catégorie ; comment en ferait-on partie alors que le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – lui confia la Révélation, sa lecture, et l’admit à son intimité ? Sa situation à l’époque d’Abû Bakr est, de surcroît, encore plus célèbre et manifeste. Pour ce qui est de son père, il n’y a pas de discussion sur le fait qu’il en fut effectivement. Le nombre exact de ceux-ci fait l’objet de divergences, mais en définitive ils étaient tous croyants ; il n’y avait parmi eux aucun mécréant, comme cela a été exposé plus haut. Allah est plus Savant et plus Sage.

Troisièmement – Les savants ont divergé au sujet du maintien de cette catégorie :
• ‘Umar, al-Ḥasan (al-Baṣrî), ash-Sha‘bî et d’autres ont dit : « Cette catégorie a disparu grâce à la puissance et à la prééminence de l’islam ». C’est l’avis le plus répandu chez Mâlik et les juristes d’opinion.
• Certains savants ḥanafites ont déclaré : « Lorsque Allah a honoré l’islam et ses adeptes et anéanti l’ultime trace des mécréants – qu’Allah les maudisse – les Compagnons, qu’Allah les agrée tous, se sont accordés, sous le califat d’Abû Bakr – qu’Allah l’agrée – pour supprimer leur part (dans la Zakât) ».
• Un autre groupe de savants estime qu’ils subsistent, car l’Imam peut, à certaines occasions, avoir besoin de rallier un cœur à l’islam ; ‘Umar ne suspendit leur part qu’après avoir constaté la force de la religion.

Yûnus rapporte : « J’ai interrogé az-Zuhrî à leur sujet, il répondit : “Je ne connais aucune abrogation à ce propos.” »

Abû Ja‘far an-Naḥḥâs dit : « Ainsi, la règle demeure ; si l’on a besoin de gagner le cœur de quelqu’un dont on craint un préjudice pour les musulmans, ou dont on espère qu’il s’améliorera dans l’islam, on lui verse (de la Zakât). »

Le Qâḍî ‘Abd al-Wahhâb affirme : « Si la nécessité s’en fait sentir à certaines périodes, on leur donne sur l’aumône légale. »

Le Qâḍî Ibn al-‘Arabî déclare : « À mon sens, lorsque l’islam est fort, cette catégorie s’éclipse ; mais lorsque le besoin se présente, on leur attribue leur part comme le faisait le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui –, car il est rapporté dans le Ṣaḥîḥ : “L’islam a commencé comme quelque chose d’étranger et il redeviendra étranger comme il a commencé.” »

Quatorzièmement – Si l’on adopte l’opinion selon laquelle leur part ne leur est plus reversée, celle-ci revient alors aux autres catégories ou à ce que l’Imam jugera opportun.

Az-Zuhrî dit : « La moitié de leur part est attribuée aux personnes qui entretiennent les mosquées. » Cela te montre que les huit catégories (mentionnées dans le verset de la Zakât) constituent des rubriques juridiques, et non des ayants droit égaux ; s’ils avaient été des bénéficiaires fixes, leur part se serait éteinte avec eux et n’aurait pas été réaffectée à d’autres, comme lorsqu’un testateur lègue à des personnes déterminées : si l’une d’entre elles décède, sa part ne revient pas à celles qui demeurent. Allah sait mieux.

أَبُو الْفَرَجِ الْجَوْزِيُّ فِي كِتَابِ الْوَفَا فِي شَرَفِ الْمُصْطَفَى. وَذَكَرَهُ أَبُو عُمَرَ فِي كِتَابِ الصَّحَابَةِ أَنَّهُ أَدْرَكَ الْإِسْلَامَ وَهُوَ ابْنُ سِتِّينَ سَنَةً، وَمَاتَ وَهُوَ ابْنُ مِائَةٍ وَعِشْرِينَ سَنَةً. وذكر أيضا حمنن ابن عوف أخو عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ، أَنَّهُ عَاشَ فِي الْإِسْلَامِ سِتِّينَ سَنَةً وَفِي الْجَاهِلِيَّةِ سِتِّينَ سَنَةً. وَقَدْ عُدَّ فِي الْمُؤَلَّفَةِ قُلُوبُهُمْ مُعَاوِيَةُ وَأَبُوهُ أَبُو سُفْيَانَ بْنُ حَرْبٍ. أَمَّا مُعَاوِيَةُ فَبَعِيدٌ أَنْ يَكُونَ مِنْهُمْ، فَكَيْفَ يَكُونُ مِنْهُمْ وَقَدِ ائْتَمَنَهُ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَلَى وَحْيِ اللَّهِ وَقِرَاءَتِهِ وَخَلَطَهُ بِنَفْسِهِ. وَأَمَّا حَالُهُ فِي أَيَّامِ أَبِي بَكْرٍ فَأَشْهَرُ مِنْ هَذَا وَأَظْهَرُ. وَأَمَّا أَبُوهُ فَلَا كَلَامَ فِيهِ أَنَّهُ كان منهم. وفي عدد هم اخْتِلَافٌ، وَبِالْجُمْلَةِ فَكُلُّهُمْ مُؤْمِنٌ وَلَمْ يَكُنْ فِيهِمْ كَافِرٌ عَلَى مَا تَقَدَّمَ، وَاللَّهُ أَعْلَمُ وَأَحْكَمُ. الثالثة- وَاخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي بَقَائِهِمْ، فَقَالَ عُمَرُ وَالْحَسَنُ والشعبي وغير هم: انْقَطَعَ هَذَا الصِّنْفُ بِعِزِّ الْإِسْلَامِ وَظُهُورِهِ. وَهَذَا مَشْهُورٌ مِنْ مَذْهَبِ مَالِكٍ وَأَصْحَابِ الرَّأْيِ. قَالَ بَعْضُ عُلَمَاءِ الْحَنَفِيَّةِ: لَمَّا أَعَزَّ اللَّهُ الْإِسْلَامَ وَأَهْلَهُ وَقَطَعَ دَابِرَ الْكَافِرِينَ- لَعَنَهُمُ اللَّهُ- اجْتَمَعَتِ الصَّحَابَةُ رِضْوَانُ اللَّهِ عَنْهُمْ أَجْمَعِينَ فِي خِلَافَةِ أَبِي بَكْرٍ «١» رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ عَلَى سُقُوطِ سَهْمِهِمْ. وَقَالَ جَمَاعَةٌ مِنَ الْعُلَمَاءِ: هُمْ بَاقُونَ لِأَنَّ الْإِمَامَ رُبَّمَا احْتَاجَ أَنْ يَسْتَأْلِفَ عَلَى الْإِسْلَامِ. وَإِنَّمَا قَطَعَهُمْ عُمَرُ لَمَّا رَأَى مِنْ إِعْزَازِ الدِّينِ. قَالَ يُونُسُ: سَأَلْتُ الزُّهْرِيَّ عَنْهُمْ فَقَالَ: لَا أَعْلَمُ نَسْخًا فِي ذَلِكَ. قَالَ أَبُو جَعْفَرٍ النَّحَّاسُ: فَعَلَى هَذَا الْحُكْمُ فِيهِمْ ثَابِتٌ، فَإِنْ كَانَ أَحَدٌ يُحْتَاجُ إِلَى تَأَلُّفِهِ وَيُخَافُ أَنْ تَلْحَقَ الْمُسْلِمِينَ مِنْهُ آفَةٌ أَوْ يُرْجَى أَنْ يَحْسُنَ إِسْلَامُهُ بَعْدُ دُفِعَ إِلَيْهِ. قَالَ الْقَاضِي عَبْدُ الْوَهَّابِ: إِنِ احْتِيجَ إِلَيْهِمْ فِي بَعْضِ الْأَوْقَاتِ أُعْطُوا مِنَ الصَّدَقَةِ. وَقَالَ [الْقَاضِي «٢» ] ابْنُ الْعَرَبِيِّ: الَّذِي عِنْدِي أَنَّهُ إِنْ قَوِيَ الْإِسْلَامُ زَالُوا، وَإِنِ احْتِيجَ إِلَيْهِمْ أُعْطُوا سَهْمَهُمْ كَمَا كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يُعْطِيهِمْ، فَإِنَّ فِي الصَّحِيحِ: «٣» (بَدَأَ الْإِسْلَامُ غَرِيبًا وَسَيَعُودُ كَمَا بَدَأَ) . الرَّابِعَةَ عَشْرَةَ- فإذا فزعنا عَلَى أَنَّهُ لَا يُرَدُّ إِلَيْهِمْ سَهْمُهُمْ فَإِنَّهُ يَرْجِعُ إِلَى سَائِرِ الْأَصْنَافِ أَوْ مَا يَرَاهُ الْإِمَامُ. وَقَالَ الزُّهْرِيُّ: يُعْطَى نِصْفُ سَهْمِهِمْ لِعُمَّارِ الْمَسَاجِدِ. وَهَذَا مِمَّا يَدُلُّكَ عَلَى أَنَّ الْأَصْنَافَ الثَّمَانِيَةَ مَحَلٌّ لَا مُسْتَحِقُّونَ تَسْوِيَةً، وَلَوْ كَانُوا مُسْتَحِقِّينَ لَسَقَطَ سَهْمُهُمْ بِسُقُوطِهِمْ وَلَمْ يَرْجِعْ إِلَى غَيْرِهِمْ، كَمَا لَوْ أَوْصَى لِقَوْمٍ مُعَيَّنِينَ فَمَاتَ أحد هم لَمْ يَرْجِعْ نَصِيبُهُ إِلَى مَنْ بَقِيَ مِنْهُمْ. والله أعلم.
(١). كذا في الأصول. وصوابه عمر. (٢). في ب وج وك وز وى. (٣). بدأ بمعنى ابتدأ. ويروى: بدا بمعنى ظهر. والروايتان صحيحتان والغربة تكون بمعنى كون الشيء في غير وطنه. وبمعنى منقطع النظير.

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