Un autre avis : le « faqîr » et le « miskîn » sont identiques ; il n’existe entre eux aucune différence de sens, même si les dénominations divergent. Il s’agit là de la troisième opinion. Ibn al-Qâsim et l’ensemble des compagnons de Mâlik s’y rattachent, ainsi qu’Abû Yûsuf.
Je (l’auteur) dis : l’apparence même du terme laisse entendre que le miskîn n’est pas le faqîr, et qu’il s’agit de deux catégories distinctes, l’une étant plus nécessiteuse que l’autre ; c’est sous cet angle que l’avis les considérant comme une seule et même catégorie se rapproche, et Allâh sait mieux.
Point de preuve pour celui qui argumente par la parole du Très-Haut : « Quant au navire, il appartenait à des miskîn » (Al-Kahf, 79), car il se peut qu’ils l’aient loué, tout comme on dit : « Cette maison est celle d’Untel » lorsqu’il l’habite, même si elle appartient à un autre.
Le Très-Haut a, au sujet des habitants du Feu, déclaré : « … et ils auront des massues de fer » (Al-Hajj, 21), les leur attribuant, de même qu’Il a dit : « Ne remettez pas aux dépensiers vos biens » (An-Nisâ’, 5).
Le Prophète – que les bénédictions et la paix soient sur lui – a dit : « Quiconque vend un esclave qui possède des biens… ». Les exemples où une chose est attribuée à quelqu’un alors qu’elle ne lui appartient pas réellement sont innombrables ; ainsi l’on dit : le « vantail de la maison », le « dos de la monture », la « selle du cheval », etc.
Il se peut encore qu’on ait appelé ces gens « miskîn » par compassion et pour susciter la pitié, comme on qualifie de miskîn celui qui a été éprouvé par un malheur ou accablé par une calamité. Dans le hadith, on lit : « les miskîn parmi les gens du Feu ». Le poète dit également :
« Miskîn sont les gens de l’amour, jusque dans leurs tombes ;
Sur elles repose la poussière de l’humiliation au milieu des sépultures. »
Quant à l’interprétation qu’ils ont donnée à la parole du Prophète – que la paix soit sur lui – : « Ô Allâh, fais-moi vivre comme un miskîn… » rapportée par Anas, elle n’est pas comme ils l’ont comprise ; il s’agit ici d’humilité devant Allâh, exempte de toute tyrannie, arrogance, orgueil, vanité ou superbe.
Abû al-‘Atâhiyah a, à juste titre, composé ces vers :
« Si tu veux voir le plus noble de tous les hommes,
Regarde un roi portant l’habit d’un miskîn ;
Celui dont le désir envers Allâh est immense ;
Lui convient la vie d’ici-bas tout comme la religion. »
Il ne s’agit pas du mendiant, car le Prophète – que les bénédictions d’Allâh et la paix soient sur lui – a réprouvé et interdit la mendicité ; au sujet d’une femme noire qui refusait de s’écarter de son chemin, il dit : « Laissez-la, elle est tyrannique. »
Quant à la parole du Très-Haut : « Aux faqîr qui sont confinés dans la voie d’Allâh, incapables de se déplacer sur terre… » (Al-Baqarah, 273), rien n’exclut qu’ils possèdent quelque bien. Allâh, certes, sait mieux.
L’opinion adoptée par les disciples de Mâlik et de Shâfi‘î, selon laquelle les deux termes sont équivalents, est acceptable et s’en rapproche.