Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Le « miskîn »
Ils ont dit : le « faqîr » (indigent) est celui qui possède une partie seulement de ce qui lui suffit et le maintient, tandis que le « miskîn » (pauvre) est celui qui ne possède rien du tout.
Ils se sont appuyés sur le vers du poète al-Râʿî :
« Quant au faqîr, celui dont la chamelle à traire
n’avait de lait que l’équivalent des besoins de sa famille ;
il ne lui fut même pas laissé un seul poil. »

Un groupe de linguistes et de traditionnistes – parmi lesquels Abû Ḥanîfa et le qâḍî ʿAbd al-Wahhâb – ont épousé cette opinion. Le terme « wuq » (accord) vient de la correspondance entre deux choses, semblable à l’assemblage. On dit : « Sa chamelle à traire est en accord avec (wafq) les besoins de sa famille », c’est-à-dire : elle donne juste assez de lait pour les couvrir, sans surplus – selon al-Jawharî.

D’autres, à l’inverse, ont considéré le miskîn comme mieux loti que le faqîr. Ils se sont prévalus de la Parole du Très-Haut :
« Quant au navire, il appartenait à des miskîn travaillant sur la mer. » (Al-Kahf, 79)
Il nous informe ainsi qu’ils possédaient un navire parmi les navires de mer – ce qui peut représenter une somme considérable. Ils ont renforcé leur argument par ce qui est rapporté du Prophète ﷺ : il cherchait protection contre la pauvreté (faqr). Il est aussi rapporté qu’il a dit :
« Ô Allah, fais-moi vivre en miskîn, fais-moi mourir en miskîn. »
Si le miskîn avait été dans une situation plus misérable que le faqîr, les deux hadiths se seraient contredits : il est inconcevable qu’il se réfugie contre la pauvreté puis demande une situation encore plus critique. Allah exauça son invocation ; Il le rappela à Lui alors qu’il disposait de ce qu’Allah lui avait accordé comme butin, mais sans disposer d’une provision complète ; c’est pourquoi il mit son armure en gage.

Ils dirent encore : quant au vers d’al-Râʿî, il ne constitue aucune preuve, car il se contente de mentionner qu’à un moment le faqîr possédait une chamelle à traire.

Ils dirent : dans la langue des Arabes, le mot faqîr dérive de « mafqûr », c’est-à-dire celui dont les vertèbres ont été ôtées de son dos tant la pauvreté est extrême ; nul état n’est plus pénible que celui-là. Allah les a décrits en disant : « Ils ne peuvent frapper la terre (pour voyager). » (Al-Baqarah, 273)

Ils ont également invoqué le vers du poète :
« Lorsque Lubad, le roi des vautours, vit les oiseaux s’envoler,
il leva ses rémiges tel un faqîr sans armes. »
C’est-à-dire qu’il ne put s’envoler ; il devint semblable à celui dont la colonne est rompue et qui reste collé au sol. Telle fut l’opinion d’al-Aṣmaʿî et d’autres, et al-Ṭaḥâwî la rapporta des savants de Koufa. C’est aussi l’un des deux avis attribués à l’imâm al-Shâfiʿî et à la majorité de ses compagnons. Et, pour al-Shâfiʿî

الْمِسْكِينِ. قَالُوا: الْفَقِيرُ هُوَ الَّذِي لَهُ بَعْضُ ما يكفيه ويقيمه، والمسكين الذي لا شي لَهُ، وَاحْتَجُّوا بِقَوْلِ الرَّاعِي: أَمَّا الْفَقِيرُ الَّذِي كَانَتْ حَلُوبَتُهُ ... وَفْقَ الْعِيَالِ فَلَمْ يُتْرَكْ لَهُ سَبَدُ «١» وَذَهَبَ إِلَى هَذَا قَوْمٌ مِنْ أَهْلِ اللُّغَةِ وَالْحَدِيثِ مِنْهُمْ أَبُو حَنِيفَةَ وَالْقَاضِي عَبْدُ الْوَهَّابِ، وَالْوَفْقُ مِنَ الْمُوَافَقَةِ بَيْنَ الشَّيْئَيْنِ كَالِالْتِحَامِ، يُقَالُ: حَلُوبَتُهُ وَفْقَ عِيَالِهِ أَيْ لَهَا لَبَنٌ قَدْرَ كِفَايَتِهِمْ لَا فَضْلَ فِيهِ، عَنِ الْجَوْهَرِيِّ. وَقَالَ آخَرُونَ بِالْعَكْسِ، فَجَعَلُوا الْمِسْكِينَ أَحْسَنَ حَالًا مِنَ الْفَقِيرِ. وَاحْتَجُّوا بِقَوْلِهِ تَعَالَى: " أَمَّا السَّفِينَةُ فَكانَتْ لِمَساكِينَ يَعْمَلُونَ فِي الْبَحْرِ" «٢» [الكهف: ٧٩] . فَأَخْبَرَ أَنَّ لَهُمْ سَفِينَةً مِنْ سُفُنِ الْبَحْرِ. وَرُبَّمَا سَاوَتْ جُمْلَةً مِنَ الْمَالِ. وَعَضَّدُوهُ بِمَا رُوِيَ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ تَعَوَّذَ مِنَ الْفَقْرِ. وَرُوِيَ عَنْهُ أَنَّهُ قَالَ: " اللَّهُمَّ أَحْيِنِي مِسْكِينًا وَأَمِتْنِي مِسْكِينًا" . فَلَوْ كَانَ الْمِسْكِينُ أَسْوَأَ حَالًا مِنَ الْفَقِيرِ لَتَنَاقَضَ الْخَبَرَانِ، إِذْ يَسْتَحِيلُ أَنْ يَتَعَوَّذَ مِنَ الْفَقْرِ ثُمَّ يَسْأَلُ مَا هُوَ أَسْوَأَ حَالًا مِنْهُ، وقد استجاب الله دعاءه وقبضه وله مِمَّا أَفَاءَ اللَّهُ عَلَيْهِ، وَلَكِنْ لَمْ يَكُنْ مَعَهُ تَمَامَ الْكِفَايَةِ، وَلِذَلِكَ رَهَنَ دِرْعَهُ. قَالُوا: وَأَمَّا بَيْتُ الرَّاعِي فَلَا حُجَّةَ فِيهِ، لِأَنَّهُ إِنَّمَا ذَكَرَ أَنَّ الْفَقِيرَ كَانَتْ لَهُ حَلُوبَةٌ فِي حَالٍ. قَالُوا: وَالْفَقِيرُ مَعْنَاهُ فِي كَلَامِ الْعَرَبِ الْمَفْقُورُ الَّذِي نُزِعَتْ فِقَرُهُ «٣» مِنْ ظَهْرِهِ مِنْ شِدَّةِ الْفَقْرِ فَلَا حَالَ أَشَدُّ مِنْ هَذِهِ. وَقَدْ أَخْبَرَ اللَّهُ عَنْهُمْ بِقَوْلِهِ " لَا يَسْتَطِيعُونَ ضَرْباً فِي الْأَرْضِ" «٤» [البقرة: ٢٧٣] . وَاسْتَشْهَدُوا بِقَوْلِ الشَّاعِرِ: لَمَّا رَأَى لُبَدَ النُّسُورِ تَطَايَرَتْ ... رَفَعَ الْقَوَادِمَ كَالْفَقِيرِ الْأَعْزَلِ «٥» أَيْ لَمْ يُطِقِ الطَّيَرَانَ فَصَارَ بِمَنْزِلَةِ مَنِ انْقَطَعَ صُلْبُهُ وَلَصِقَ بِالْأَرْضِ. ذَهَبَ إِلَى هَذَا الْأَصْمَعِيُّ وَغَيْرُهُ، وَحَكَاهُ الطَّحَاوِيُّ عَنِ الْكُوفِيِّينَ. وَهُوَ أَحَدُ قَوْلَيِ الشافعي وأكثر أصحابه. وللشافعي
(١). السبد: الوبر. وقيل الشعر. والعرب تقول: ما له سبد ولا لبد أي ماله ذو وبر ولا صوف متلبد ويكنى بهما عن الإبل والغنم. (٢). راجع ج ١١ ص ٣٣ فما بعده. (٣). الفقرة (بالكسر) الفقرة والفقارة (بفتحهما): ما انتضد من عظام الصلب من لدن الكاهل إلى العجب. (٤). راجع ج ٣ ص ٣٣٩. (٥). البيت للبيد. ولبد: اسم آخر نسور لقمان بن عاد سماه بذلك لأنه لبد فبقى لا يذهب ولا يموت. والقوادم: أربع أو عشر ريشات في مقدم الجناح، الواحدة قادمة.

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