L’obligation est certes induite par l’ordre, mais la sanction, elle, ne s’établit qu’à travers l’annonce explicite qui la mentionne, selon la formule : « Si tu ne fais pas telle chose, Je te châtierai de telle manière », ainsi qu’il en est fait état dans ce verset. De ce fait, il devient impératif de se mobiliser pour le jihad et de sortir affronter les mécréants afin que la Parole d’Allah demeure la plus élevée.
Abû Dâwûd a rapporté d’après Ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée – que le verset : « Si vous ne partez pas, Il vous infligera un châtiment douloureux » ainsi que : « Il n’appartient pas aux habitants de Médine… » jusqu’à Ses paroles « …ce qu’ils œuvrent » (at-Tawbah, 120) ont été abrogés par le verset qui suit : « Les croyants n’ont pas à partir tous ensemble » (at-Tawbah, 122). Tel est également l’avis d’ad-Dahhâk, d’al-Hasan et de ‘Ikrimah.
Au sujet de « Il vous infligera un châtiment douloureux », Ibn ‘Abbâs dit : c’est la privation de pluie. Ibn al-‘Arabî commente : si ce propos est authentique, il sait mieux d’où il le tient ; sinon, le châtiment douloureux désigne, ici-bas, la domination de l’ennemi, et, dans l’au-delà, le Feu.
Je (l’auteur) dis : la parole d’Ibn ‘Abbâs a été authentifiée par l’Imâm Abû Dâwûd dans ses Sunan : Ibn Nufay‘ rapporte : « J’ai interrogé Ibn ‘Abbâs au sujet de ce verset : “Si vous ne partez pas, Il vous infligera un châtiment douloureux” ; il répondit : Allah leur retint la pluie ; tel fut leur châtiment. » L’Imâm Abû Muhammad Ibn ‘Atiyyah a également mentionné ce propos, avec une chaîne relevée, d’après Ibn ‘Abbâs : « Le Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et le salue – mobilisa une tribu, laquelle se déroba, alors Allah leur retint la pluie et les châtia ainsi. » Le terme « douloureux » signifie « qui fait souffrir », « qui blesse », ainsi qu’il a été précisé.
« Et Il substituera à votre place un autre peuple » : Il les menaça de remplacer, pour Son Messager, un peuple qui ne se dérobera point lorsqu’il les appellera. On a dit : il s’agit des fils de la Perse ; d’autres ont dit : des gens du Yémen.
« Et vous ne Lui porterez aucun tort » : la conjonction est ici de coordination ; le pronom renvoie, selon certains, à Allah Très-Haut, selon d’autres, au Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue.
Se montrer lourd face au jihad tout en affichant de la répugnance est illicite pour quiconque. Si la répugnance est absente, alors, pour ceux que le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – a désignés personnellement, il leur est interdit de se dérober même s’ils se sentent à l’abri ; pour les autres, l’obligation reste un devoir collectif (farḍ kifâyah) ; c’est ce qu’a souligné al-Qushayrî.
Il a également été avancé que ce verset établit l’obligation de se mobiliser lorsque la nécessité l’exige, que les mécréants deviennent manifestes et que leur puissance s’affirme. Le sens apparent du verset indique qu’il s’agit d’une convocation ; dans ce cas, on ne saurait le restreindre au seul moment de l’émergence des polythéistes, car l’obligation, alors, n’est pas conditionnée par l’appel, étant absolue. Dès lors, il est peu concevable que la convocation ou la mobilisation institue une obligation qui n’existait pas auparavant, si ce n’est que, lorsque l’Imam désigne nommément des personnes et les appelle au jihad, il ne leur est plus permis de se dérober ; par cette désignation, le jihad devient pour eux un devoir individuel (farḍ ‘ayn), non du fait du jihad lui-même, mais par obéissance à l’Imam. Et Allah sait mieux.