Ô vous qui croyez ! Qu’avez-vous donc ? Lorsqu’on vous dit : «Partez en expédition dans le sentier d’Allah», vous vous êtes alourdis vers la terre. Vous complaisez-vous dans la vie d’ici-bas plutôt qu’en l’Au-delà ? Or les jouissances de la vie présente, comparées à l’Au-delà, ne sont que bien peu de chose. (38)
Il y a deux questions à examiner :
Première question –
La parole du Très-Haut : (Mâ lakum)
«Mâ» est une particule interrogative qui sert ici à établir un constat et à formuler un blâme. Le sens implicite est : «Qu’est-ce qui vous empêche d’agir ainsi ?», tout comme on dit : «Qu’as-tu donc à te détourner d’untel ?». Il n’y a pas de divergence entre les exégètes : ce verset fut révélé pour admonester ceux qui s’abstinrent de suivre le Messager d’Allah — qu’Allah répande sur lui Sa grâce et Sa paix — lors de l’expédition de Tabûk. Celle-ci eut lieu la neuvième année de l’Hégire, un an après la Conquête (de La Mecque) ; son récit viendra à la fin de la sourate, si Allah le veut.
Le terme «nafr» désigne le fait de se déplacer promptement d’un lieu à un autre lorsqu’un événement survient. À propos du fils d’Adam on dit : «nafara ilâ…», «yanfiru nufûran» ; on parle aussi d’un «qawmun nufûr» (gens enclins à fuir). De là la parole divine : «… ils se détournèrent, fuyant avec répugnance» (Al-Isrâ’, 46).
S’agissant d’une monture, on dira : «nafara / tanfiru» (avec ḍamma ou kasra sur le fâ) «nifâran» ou «nufûran». On dit encore pour la bête : «nifâr», nom comparable à «ḥirân». On dit enfin : «nafara al-ḥajj min Minâ nafran» : «les pèlerins partirent de Minâ lors du départ».
Seconde question –
La parole du Très-Haut : (iththâqaltum ilâ al-arḍ)
Les exégètes expliquent : «Vous vous êtes alourdis vers les délices terrestres» ou «vers la résidence sur terre». Il s’agit d’un blâme pour l’abandon du jihâd et d’un reproche adressé à ceux qui se sont abstenus de se hâter à sortir, semblable à celui «qui se complaît dans la terre».
Le terme originel est «tathâqaltum» ; la lettre «tâ» a été assimilée à la lettre «thâ» du fait de leur proximité, et l’on a ajouté une hamza de soutien (alif de liaison) afin de permettre la prononciation de la consonne muette. Même construction dans : «iddâraku» (Al-Aʿrâf, 38), «faddâraʾtum» (Al-Baqarah, 72), «iṭṭayyarna» (An-Naml, 47) et «izzayyanat» (Yûnus, 24).
Al-Kisâ’î a cité, à titre d’exemple, ces vers :
«Elle entoure l’amant allongé lorsque son parfum l’appelle vers la taille,
Délicieuse au goût lorsqu’elle répète les baisers.»