Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

«Ils ont oublié Allah, alors Il les a oubliés» (At-Tawbah, 67).

On réfuta par là la lecture de Nāfi‘, en arguant que le verbe se construit avec une préposition : on dit : «nasā’a-llāhu fī ajalika» (qu’Allah diffère ton terme), tout comme on dit : «zāda-llāhu fī ajalika» (qu’Allah accroisse ton terme). De même, le Prophète – paix et bénédictions sur lui – a dit :

«Celui qui souhaite que sa subsistance soit élargie et que sa durée de vie soit prolongée, qu’il entretienne les liens de parenté.»

Al-Azhari précise : «ansa’tu ash-shay’a : insā’an et nasī’an» est un nom employé à la place du masdar véritable.

Les Arabes tenaient le combat pour illicite durant le mois de Muḥarram ; mais, lorsqu’ils en avaient besoin, ils déclaraient Ṣafar sacré à sa place et combattaient pendant Muḥarram. En effet, ces tribus, portées aux guerres et aux razzias, supportaient mal de rester trois mois consécutifs sans attaque. Elles disaient : «Si trois mois se succèdent sans que nous fassions de prise, nous périrons.»

Ainsi, à leur retour de Minā, un homme des Banū Kinānah, puis des Banū Fuqaym, nommé al-Qalammas, se levait et proclamait : «Je suis celui dont la décision n’est jamais rejetée.» On lui demandait : «Diffère-nous un mois», c’est-à-dire fais-nous reporter l’inviolabilité de Muḥarram sur Ṣafar. Il rendait alors Muḥarram licite pour eux. Ils procédèrent ainsi, de mois en mois, jusqu’à ce que l’interdiction finît par tourner sur toute l’année.

Lorsque l’Islam se leva, Muḥarram avait retrouvé la place que Dieu lui avait assignée. C’est le sens de la parole du Prophète ﷺ :

«Le temps est revenu à son état initial, tel qu’il était le jour où Allah créa les cieux et la terre.»

Mujāhid rapporte : les polythéistes accomplissaient le pèlerinage, deux années de suite, dans chaque mois : deux fois en Dhū al-Ḥijjah, puis deux fois en Muḥarram, puis deux fois en Ṣafar, et ainsi de suite. Lorsque Abū Bakr conduisit le Ḥajj — l’année précédant celui de l’Adieu — il eut lieu en Dhū al-Qa‘dah de la neuvième année. L’année suivante, le Prophète ﷺ accomplit le Ḥajj d’Adieu, qui tomba en Dhū al-Ḥijjah. D’où sa déclaration dans son sermon : «Le temps a tourné…», voulant dire que les mois du Ḥajj étaient revenus à leur place, que le pèlerinage se faisait de nouveau en Dhū al-Ḥijjah et que le nasīʾ était aboli.

Une troisième opinion, rapportée par Iyās ibn Mu‘āwiyah : les polythéistes comptaient l’année à douze mois et quinze jours ; le pèlerinage pouvait donc se trouver en Ramaḍān, en Dhū al-Qa‘dah ou dans n’importe quel mois, du fait de la rotation induite par l’ajout des quinze jours. Ainsi Abū Bakr accomplit le Ḥajj la neuvième année en Dhū al-Qa‘dah selon ce calcul, tandis que le Prophète ﷺ ne l’accomplit pas cette année-là. Puis, l’année suivante, le pèlerinage coïncida avec Dhū al-Ḥijjah.

" نَسُوا اللَّهَ «١» فَنَسِيَهُمْ" [التوبة: ٦٧] ، وَرَدَّ عَلَى نَافِعٍ قِرَاءَتَهُ، وَاحْتَجَّ بِأَنْ قَالَ: إِنَّهُ يَتَعَدَّى بِحَرْفِ الْجَرِّ يُقَالُ: نَسَأَ اللَّهُ فِي أَجَلِكَ كَمَا تَقُولُ زَادَ اللَّهُ فِي أَجَلِكَ، وَمِنْهُ قَوْلُهُ عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ: (مَنْ سَرَّهُ أَنْ يُبْسَطَ لَهُ فِي رِزْقِهِ وَيُنْسَأُ لَهُ فِي أَثَرِهِ «٢» فَلْيَصِلْ رَحِمَهُ) . قَالَ الْأَزْهَرِيُّ: أَنْسَأْتُ الشَّيْءَ إِنْسَاءً وَنَسِيئًا اسْمٌ وُضِعَ مَوْضِعَ الْمَصْدَرِ الْحَقِيقِيِّ. وَكَانُوا يُحَرِّمُونَ الْقِتَالَ فِي الْمُحَرَّمِ فَإِذَا احْتَاجُوا إِلَى ذَلِكَ حَرَّمُوا صَفَرًا بَدَلَهُ وَقَاتَلُوا فِي الْمُحَرَّمِ. وَسَبَبُ ذَلِكَ أَنَّ الْعَرَبَ كَانَتْ أَصْحَابَ حُرُوبٍ وَغَارَاتٍ فَكَانَ يَشُقُّ عَلَيْهِمْ أَنْ يَمْكُثُوا ثَلَاثَةَ أَشْهُرٍ مُتَوَالِيَةٍ لَا يُغِيرُونَ فِيهَا، وَقَالُوا: لَئِنْ تَوَالَتْ عَلَيْنَا ثَلَاثَةُ أَشْهُرٍ لَا نُصِيبُ فِيهَا شَيْئًا لَنَهْلِكَنَّ. فَكَانُوا إِذَا صَدَرُوا عَنْ مِنًى يَقُومُ مِنْ بَنِي كِنَانَةَ، ثُمَّ مِنْ بَنِي فُقَيْمٍ مِنْهُمْ رَجُلٌ يُقَالُ لَهُ الْقَلَمَّسُ، فَيَقُولُ أَنَا الَّذِي لَا يُرَدُّ لِي قَضَاءٌ. فَيَقُولُونَ: أَنْسِئْنَا شَهْرًا، أَيْ أَخِّرْ عَنَّا حُرْمَةَ الْمُحَرَّمِ وَاجْعَلْهَا فِي صَفَرٍ، فَيُحِلُّ لَهُمُ الْمُحَرَّمَ. فَكَانُوا كَذَلِكَ شَهْرًا فَشَهْرًا حَتَّى اسْتَدَارَ التَّحْرِيمُ عَلَى السَّنَةِ كُلِّهَا. فَقَامَ الْإِسْلَامُ وَقَدْ رَجَعَ الْمُحَرَّمُ إِلَى مَوْضِعِهِ الَّذِي وَضَعَهُ اللَّهُ فِيهِ. وَهَذَا مَعْنَى قَوْلِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ: (إِنَّ الزَّمَانَ قَدِ اسْتَدَارَ كَهَيْئَتِهِ يَوْمَ خَلَقَ الله السموات وَالْأَرْضَ) . وَقَالَ مُجَاهِدٌ: كَانَ الْمُشْرِكُونَ يَحُجُّونَ فِي كُلِّ شَهْرٍ عَامَيْنِ، فَحَجُّوا فِي ذِي الْحِجَّةِ عَامَيْنِ، ثُمَّ حَجُّوا فِي الْمُحَرَّمِ عَامَيْنِ، ثُمَّ حَجُّوا فِي صَفَرٍ عَامَيْنِ، وَكَذَلِكَ فِي الشُّهُورِ كُلِّهَا حَتَّى وَافَقَتْ حَجَّةُ أَبِي بَكْرٍ الَّتِي حَجَّهَا قَبْلَ حَجَّةِ الْوَدَاعِ ذَا الْقِعْدَةِ مِنَ السَّنَةِ التَّاسِعَةِ. ثُمَّ حَجَّ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فِي الْعَامِ الْمُقْبِلِ حَجَّةَ الْوَدَاعِ فَوَافَقَتْ ذَا الْحِجَّةِ، فَذَلِكَ قَوْلُهُ فِي خُطْبَتِهِ: (إِنَّ الزَّمَانَ قَدِ اسْتَدَارَ) الْحَدِيثَ. أَرَادَ بِذَلِكَ أَنَّ أَشْهُرَ الْحَجِّ رَجَعَتْ إِلَى مَوَاضِعِهَا، وَعَادَ الحج إلى ذي الحجة وبطل النسي. وَقَوْلٌ ثَالِثٌ. قَالَ إِيَاسُ بْنُ مُعَاوِيَةَ: كَانَ الْمُشْرِكُونَ يَحْسِبُونَ السَّنَةَ اثْنَيْ عَشَرَ شَهْرًا وَخَمْسَةَ عَشَرَ يَوْمًا، فَكَانَ الْحَجُّ يَكُونُ فِي رَمَضَانَ وَفِي ذِي الْقِعْدَةِ، وَفِي كُلِّ شَهْرٍ مِنَ السَّنَةِ بِحُكْمِ اسْتِدَارَةِ الشَّهْرِ بِزِيَادَةِ الْخَمْسَةَ عَشَرَ يَوْمًا فَحَجَّ أَبُو بَكْرٍ سَنَةَ تِسْعٍ فِي ذِي الْقِعْدَةِ بِحُكْمِ الِاسْتِدَارَةِ، وَلَمْ يَحُجَّ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَلَمَّا كَانَ فِي العام المقبل وافق الحج ذا الحجة
(١). راجع ص ١٩٩ من هذا الجزء. (٢). الأثر: الأجل، وسمي به لأنه يتبع العمر، وأصله من أثر مشيه في الأرض فإن من مات لا تبقى له حركة فلا يبقى لاقدامه في الأرض أثر. (عن شرح القسطلاني).

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