Deuxièmement – Les rapports divergent quant à la manière dont se déroulera cette cautérisation. Dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, le ḥadith d’Abû Dharr – déjà cité – évoque les « pierres incandescentes » (raḍf). Dans ce même ouvrage, il est rapporté d’après Abû Hurayra que le Messager d’Allâh – paix et bénédictions d’Allâh sur lui – a dit :
« Tout détenteur d’or ou d’argent qui n’en acquitte pas le droit prescrit verra, au Jour de la Résurrection, que l’on aura fondu pour lui des plaques de feu ; celles-ci seront chauffées dans le Feu de la Géhenne, puis l’on cautérisera avec elles son flanc, son front et son dos. Chaque fois qu’elles se refroidiront, on les lui rendra, et cela durant un jour dont la durée sera de cinquante mille ans, jusqu’à ce que le jugement soit rendu entre les serviteurs ; alors il verra la voie qui sera la sienne : soit vers le Paradis, soit vers l’Enfer. » Fin du ḥadith.
Dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhârî, il est rapporté que son trésor lui sera figuré sous la forme d’un « serpent chauve » (shujâʿ aqraʿ).
Il a également été transmis – en dehors des recueils authentiques – d’après ʿAbd Allâh ibn Masʿûd qu’il a dit : « Quiconque possède des biens et n’en acquitte pas la Zakât verra, au Jour de la Résurrection, ceux-ci se transformer en un serpent chauve qui lui martèlera la tête. »
Je (l’auteur) dis : Il se peut que ces différentes formes surviennent à des moments distincts : à un moment la richesse se manifestera comme un serpent, à un autre sous forme de plaques, et à un autre encore sous forme de pierres chauffées. Les aspects changent, mais la substance demeure une ; le serpent est un corps, la richesse en est un autre. Cette représentation est réelle, contrairement à la parole : « On amènera la mort sous la forme d’un bélier blanc et noir », qui relève d’un autre mode. Allâh – pureté et grandeur à Lui – fait ce qu’Il veut.
Le serpent a été mentionné spécifiquement parce qu’il est le second ennemi de l’être humain. Parmi les reptiles, le « shujâʿ » est le serpent mâle qui bondit sur le cavalier ou le fantassin, se dresse sur sa queue – atteignant parfois le cavalier – et vit dans les déserts. On a aussi dit qu’il s’agit du « thuʿbân » (grand serpent).
Al-Liḥyânî dit : on appelle la vipère « shujâʿ » – au pluriel « ashjiʿa », puis « shujʿân ». Le serpent « chauve » est celui dont la tête s’est dépouillée d’écailles et est devenue blanche du fait de la virulence de son venin.
Dans le Muwaṭṭaʾ, il est décrit comme ayant deux excroissances gonflées dans chacune de ses mâchoires, semblables à deux écumes ; l’homme en colère, lorsqu’il parle beaucoup, peut voir ses propres joues se gonfler ainsi. Umm Ghylân bint Jarîr disait : « Il m’arrive de réciter des vers à mon père jusqu’à ce que mes joues se gonflent comme des raisins. »
Cette image est donnée pour le serpent au venin abondant ; c’est sous cette forme que la richesse apparaîtra, se ruant avec courroux sur son propriétaire.
Ibn Durayd dit : il porte deux taches noires au-dessus des yeux.
Dans une autre version, il est dit : « On lui représentera un serpent qui le poursuivra ; il le mettra au pied du mur, puis l’homme lui tendra la main et le serpent la mordra comme le chameau mord. »
Ibn Masʿûd a dit : « Par Allâh ! Allâh ne châtie personne par un trésor au point qu’un dirham touche un autre dirham ou qu’un dinar touche un autre dinar ; Il étendra plutôt sa peau de sorte que chaque dirham et chaque dinar soit appliqué séparément sur lui. » Et cela ne concerne que le mécréant – comme le mentionne le ḥadith – et non le croyant. Et Allâh est plus savant.