ʿAlqama – ainsi que d’autres disciples d’Ibn Masʿûd – ont lu le terme : « ʿâ’ilatan ». Il s’agit d’un nom verbal (maṣdar), à l’image de « qâ’ilah » tiré du verbe qâla yaqîlu (« faire la sieste ») ou de « ʿâfiyah ». Il se peut aussi qu’il soit l’épithète d’un mot sous-entendu, le sens étant : « dans un état difficile ».
On dit, à partir de cette racine : « ʿâlanî l-amru yaʿûlunî », c’est-à-dire : « l’affaire m’est devenue pénible et accablante ». Al-Ṭabarî rapporte encore que « ʿâla yaʿûlu » signifie « devenir pauvre ».
Sixième point : ce verset constitue une preuve que l’attachement du cœur aux causes matérielles de la subsistance est permis et n’est nullement contraire au tawakkul (la confiance en Allah). Bien que la provision soit prédéterminée et que le décret divin soit exécuté, Allah – par sagesse – l’a reliée aux causes, afin de distinguer les cœurs qui s’accrochent aux moyens de ceux qui se fient au Seigneur des seigneurs. Il a déjà été établi que la recherche des causes n’annule pas le tawakkul.
Le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Si vous placiez votre confiance en Allah comme il se doit, Il vous pourvoirait comme Il pourvoit l’oiseau : il part le matin le ventre creux et revient le soir rassasié. » (rapporté par al-Bukhârî)
Il indique ainsi que la vraie confiance n’est pas incompatible avec le fait de sortir le matin et de rentrer le soir pour rechercher sa subsistance.
Ibn al-ʿArabî rapporte que certains maîtres soufis disent : « L’oiseau ne part et ne revient qu’au travers des actes d’obéissance ; c’est [cette cause] qui attire la subsistance. » Ils avancent à l’appui deux arguments :
- La parole du Très-Haut : « Et ordonne la prière à ta famille et persévère ; Nous ne te demandons aucune subsistance : c’est Nous qui te pourvoyons. » (Tâ Hâ, 132)
- Sa parole : « Vers Lui montent la bonne parole et l’œuvre pie, Il l’élève. » (Fâtir, 10)
Selon eux, aucune subsistance ne descend de son lieu – le ciel – si ce n’est ce qui y est d’abord monté, à savoir le rappel vertueux et l’action pieuse, et non pas la quête effrénée sur terre, car la terre, en soi, ne recèle pas la subsistance.
L’avis correct, confirmé par la Sunna chez les jurisconsultes du ẓâhir, est de recourir aux moyens matériels : cultiver, commercer dans les marchés, développer les biens et planter des arbres fruitiers. Les Compagnons – qu’Allah les agrée – le faisaient alors même que le Prophète ﷺ vivait parmi eux.
Abû l-Ḥasan Ibn Baṭṭâl dit : « Allah – exalté soit-Il – a ordonné à Ses serviteurs de dépenser de ce qu’il y a de meilleur dans ce qu’ils ont acquis », ainsi que d’autres versets semblables. Et Il a dit : « Quiconque est contraint, sans rechercher ni transgresser, ne commet aucun péché » (al-Baqarah, 173) – Il a donc rendu licite à celui qui se trouve dans la nécessité