Riyad al-SalihinAn-Nawawi

79 – Cinquième hadith
Jâbir — qu’Allah l’agrée — rapporte qu’il prit part à une expédition avec le Messager d’Allah ﷺ vers la région située aux abords de Nadjd. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ rebroussa chemin (1), il fit de même avec la troupe. L’heure de la sieste les surprit dans une vallée plantée de nombreux arbustes épineux. Le Messager d’Allah ﷺ mit alors pied à terre et les compagnons se dispersèrent pour chercher l’ombre des arbres. Lui-même s’installa sous un samura — un acacia — et y suspendit son sabre ; puis nous nous assoupîmes un instant. Soudain, le Messager d’Allah ﷺ nous appela ; à ses côtés se tenait un bédouin. Le Prophète dit : « Cet homme a dégainé mon sabre pendant que je dormais. Je me suis réveillé et il le tenait à la main, hors du fourreau. Il m’a dit : “Qui te protégera de moi ?” J’ai répondu : Allah » — et cela, à trois reprises. Le Prophète ne lui infligea aucune sanction et s’assit. Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

Dans une autre version, Jâbir raconte : « Nous étions avec le Messager d’Allah ﷺ lors de l’expédition de Dhât ar-Riqâʿ (2). Chaque fois que nous rencontrions un arbre touffu, nous le réservions au Messager d’Allah ﷺ. Un homme parmi les polythéistes vint, et le sabre du Prophète ﷺ était suspendu à l’arbre ; il le dégaina et dit : “As-tu peur de moi ?” Le Prophète répondit : “Non.” Il demanda alors : “Qui donc te protégera de moi ?” — “Allah”, répondit-il. »

Et, dans la version rapportée par Abû Bakr al-Ismâʿîlî dans son Ṣaḥîḥ, l’homme dit : « Qui te protégera de moi ? » — « Allah », répondit le Prophète. Alors le sabre tomba de sa main. Le Messager d’Allah ﷺ ramassa l’arme et dit : « Et toi, qui donc te protégera de moi ? » L’homme répliqua : « Sois le meilleur de ceux qui tiennent une arme. » Le Prophète demanda : « Attestes-tu qu’il n’est de divinité que Allah et que je suis le Messager d’Allah ? » L’homme répondit : « Non, mais je m’engage à ne pas te combattre ni à me joindre à un peuple te combattant. » Le Prophète le relâcha donc. L’homme rejoignit alors les siens et leur dit : « Je viens de la part du meilleur des hommes. »

Explications lexicales :
• « qafala » : il revint.
• « al-ʿiḍâh » : les arbres pourvus d’épines.
• « as-samura » (s. ouverte, m. fermée) : un acacia, le plus robuste des arbres épineux.
• « akhtaraṭa as-sayf » : il tira l’épée de son fourreau.
• « ṣaltan » : nue, hors du fourreau ; la ṣâd peut être prononcée ouverte ou fermée.

(1) Autrement dit : il revint. Le terme *al-udhah* (grand arbre épineux, vocalisé avec i) est parfois identifié au *shajar Umm Ghaylan* ; plus largement, il s’emploie pour tout arbre imposant muni d’épines. L’auteur retient ce second sens, comme il le précisera. (2) Autrement dit : lors de l’expédition de *Dhat ar-Riqaa’*. Selon une première explication, on lui donna ce nom parce que les combattants y hissèrent leurs étendards ; d’après une autre, leurs pieds ayant été meurtris, ils les entourèrent de bandes de tissu. D’autres interprétations existent également.
٧٩ - الخامس : عن جابر رضي الله عنه أنه غزا مع رسول الله ﷺ قبل نجد ، فَلَمَّا قَفَلَ (١) رسول الله ﷺ قَفَلَ معهم ، فَأَدْرَكَتْهُمُ الْقَائِلَةُ فِي وَادٍ كَثِيرِ الْعِضَاهِ ، فَنَزَلَ رسول الله ﷺ وَتَفَرَّقَ النَّاسُ يَسْتَظِلُّونَ بِالشَّجَرِ ، وَنَزَلَ رسول الله ﷺ تَحْتَ سَمُرَةٍ فَعَلَّقَ بِهَا سَيْفَهُ وَنِمْنَا نَوْمَةً ، فَإِذَا رسول الله ﷺ يَدْعُونَا وَإِذَا عِنْدَهُ أَعْرَابِيٌّ ، فَقَالَ : « إِنَّ هَذَا أَخْتَرَطَ عَلَيَّ سَيْفِي وَأَنَا نَائِمٌ فَاسْتَيْقَظْتُ وَهُوَ فِي يَدِهِ صَلْتًا ، قَالَ : مَنْ يَمْنَعُكَ مِنِّي ؟ قُلْتُ : الله - ثَلَاثًا - » وَلَمْ يُعَاقِبْهُ وَجَلَسَ ، متفق عليه . وَفِي رِوَايَةٍ قَالَ جَابِرٌ : كُنَّا مَعَ رسول الله ﷺ بِذَاتِ الرِّقَاعِ (٢) ، فَإِذَا أَتَيْنَا عَلَى شَجَرَةٍ ظَلِيلَةٍ تَرَكْنَاهَا لرسول الله ﷺ ، فَجَاءَ رَجُلٌ مِنَ الْمُشْرِكِينَ وَسَيْفُ رسول الله ﷺ مُعَلَّقٌ بِالشَّجَرَةِ فَاخْتَرَطَهُ فَقَالَ : تَخَافُنِي ؟ قَالَ : « لَا » ، فَقَالَ : فَمَنْ يَمْنَعُكَ مِنِّي ؟ قَالَ : « الله » . وَفِي رِوَايَةِ أَبِي بَكْرٍ الْإِسْمَاعِيلِيِّ فِي صَحِيحِهِ فَقَالَ : مَنْ يَمْنَعُكَ مِنِّي ؟ قَالَ : « الله » . قَالَ : فَسَقَطَ السَّيْفُ مِنْ يَدِهِ ، فَأَخَذَ رسول الله ﷺ السَّيْفَ فَقَالَ : « مَنْ يَمْنَعُكَ مِنِّي ؟ » . فَقَالَ : كُنْ خَيْرَ آخِذٍ . فَقَالَ : « تَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا الله وَأَنِّي رسول الله » ؟ قَالَ : لَا ، وَلَكِنِّي أُعَاهِدُكَ أَنْ لَا أُقَاتِلَكَ ، وَلَا أَكُونَ مَعَ قَوْمٍ يُقَاتِلُونَكَ ، فَخَلَّى سَبِيلَهُ ، فَأَتَى أَصْحَابَهُ فَقَالَ : « جِئْتُكُمْ مِنْ عِنْدِ خَيْرِ النَّاسِ » . قَوْلُهُ : « قَفَلَ » أَي رَجَعَ . وَ « الْعِضَاهُ » الشَّجَرُ الَّذِي لَهُ شَوْكٌ ، وَ « السَّمُرَةُ » بِفَتْحِ السِّينِ وَضَمِّ الْمِيمِ : الشَّجَرَةُ مِنَ الطَّلْحِ ، وَهِيَ الْعِظَامُ مِنْ شَجَرِ الْعِضَاهِ ، وَ « أَخْتَرَطَ السَّيْفَ » أَي سَلَّهُ وَهُوَ فِي يَدِهِ . « صَلْتًا » أَي مَسْلُولًا ، وَهُوَ بِفَتْحِ الصَّادِ وَضَمِّهَا .
(١) أي : رجع . و( العضاه ) بكسر المهملة : شجر أم غيلان ، وكل شجر عظيم له شوك ، والثاني هو المعتمد عند المصنف كما يأتي . (٢) أي بغزوة ذات الرقاع ، وسميت بذلك لأنهم رفعوا فيها راياتهم ، وقيل : لأن أقدامهم نقبت ، فكانوا يلفون عليها الخرق ، وقيل غير ذلك .

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