Elle allaita alors son fils. L’ange lui dit : « Ne craignez pas d’être abandonnés (1), car il y a ici une Maison vouée à Allah ; ce garçon l’élèvera avec son père, et Allah ne délaisse jamais les Siens. »
À cette époque, la Maison se dressait au-dessus du sol telle une petite butte ; lorsque les crues dévalaient la vallée, elles la contournaient par la droite et par la gauche. Les choses restèrent ainsi jusqu’à ce qu’une caravane — ou une famille — de Jurhum, arrivant par la route de Kaddâ’, passât près d’eux. Ils campèrent dans le bas de La Mecque et aperçurent un oiseau tournoyant en cercle (2). « Cet oiseau ne vole ainsi qu’au-dessus d’un point d’eau, dirent-ils ; or nous connaissons cette vallée et il n’y a jamais eu d’eau ici. » Ils dépêchèrent donc un ou deux éclaireurs ; ceux-ci découvrirent effectivement de l’eau, revinrent et en informèrent les leurs. Tous se dirigèrent alors vers la source où se tenait la mère d’Ismaël.
Ils lui demandèrent : « Nous permets-tu de nous installer auprès de toi ? » — « Oui, répondit-elle, mais vous n’aurez aucun droit sur l’eau. » — « D’accord », acceptèrent-ils. Ibn ʿAbbâs rapporte que le Prophète ﷺ dit : « Cela convenait à la mère d’Ismaël, elle qui aimait la compagnie des gens. » Ils s’établirent donc là, firent venir leurs familles qui s’installèrent à leur tour, si bien qu’ils formèrent bientôt un petit hameau. Le garçon grandit (3), apprit l’arabe auprès d’eux, devint le plus noble (4) et le plus admiré d’entre eux ; lorsqu’il atteignit l’âge adulte, ils le marièrent à l’une de leurs femmes.
Après la mort de la mère d’Ismaël, Abraham revint pour voir ce qu’il était advenu de ce qu’il avait laissé (5). Ne trouvant pas Ismaël, il interrogea sa femme : « Où est-il ? » — « Il est sorti nous chercher de quoi subsister », — et, dans une autre version : « Il est parti chasser pour nous. » Il l’interrogea encore sur leurs conditions de vie et leur situation. Elle répondit : « Nous vivons dans la gêne et la détresse », et se plaignit. Il lui dit : « Lorsque ton mari reviendra, transmets-lui mon salut et dis-lui de changer le seuil de sa porte. »
À son retour, Ismaël sentit qu’il s’était passé quelque chose et demanda : « Quelqu’un est-il venu chez vous ? » — « Oui, répondit-elle, un vieillard — tel ou tel — est passé ; il m’a interrogée sur toi et je l’ai renseigné. Il m’a demandé comment nous vivions, et je lui ai dit que nous étions dans la peine et la difficulté. » — « T’a-t-il laissé une recommandation ? » — « Oui. Il m’a chargée de te transmettre le salut et a dit : “Change le seuil de ta porte.” » — « C’était mon père, expliqua Ismaël ; il m’ordonne de me séparer de toi. Retourne donc auprès de ta famille. »