aujourd’hui, je saurai si le magicien est supérieur ou si le moine l’est. »
Il ramassa alors une pierre et dit : « Ô Allah, si la voie du moine T’est plus chère que celle du magicien, fais périr cette bête afin que les gens puissent passer. » Puis il lança la pierre : la bête mourut et la route fut dégagée. Le garçon se rendit aussitôt auprès du moine pour l’en informer. Celui-ci lui dit : « Mon enfant, tu me surpasses aujourd’hui ; ton état est arrivé au point que je constate. Tu seras certes mis à l’épreuve ; lorsque cela arrivera, ne me dénonce pas. »
Le garçon rendait la vue à l’aveugle-né(1), guérissait le lépreux et soignait les gens de toutes sortes de maladies. L’un des proches du roi, devenu aveugle, en entendit parler ; il vint vers le garçon, les bras chargés de cadeaux, et dit : « Tout ce que tu vois ici sera pour toi si tu me rends la vue. » Le garçon répondit : « Je ne guéris personne ; c’est Allah, le Très-Haut, qui guérit. Si tu crois en Allah, j’invoquerai Allah et Il te guérira. » L’homme crut donc en Allah et Allah le guérit.
Il se présenta ensuite devant le roi et s’assit près de lui comme à l’accoutumée. Le roi lui demanda : « Qui t’a rendu la vue ? » — « Mon Seigneur », répondit-il. — « Aurais-tu un seigneur autre que moi ? » répliqua le roi. Il répondit : « Mon Seigneur et le tien, c’est Allah. » Le roi le saisit alors et continua de le torturer jusqu’à ce qu’il dénonçât le garçon.
On fit venir celui-ci. Le roi lui dit : « Mon garçon, ta magie est telle que tu rends la vue à l’aveugle-né, que tu guéris le lépreux ; tu fais ceci et cela ! » Il répliqua : « Je ne guéris personne ; seul Allah, le Très-Haut, guérit. » Le roi le fit aussitôt torturer jusqu’à ce qu’il finît par dénoncer le moine.
Le moine fut amené et on lui dit : « Renonce à ta religion. » Il refusa. Le roi fit apporter une scie ; on la posa sur le sommet de sa tête(2) et on le scia jusqu’à ce que ses deux moitiés se détachent. On amena ensuite le courtisan du roi et on lui dit : « Renonce à ta religion. » Il refusa ; la scie fut placée sur le sommet de sa tête et on le coupa jusqu’à ce que ses deux moitiés se détachent.
Puis on amena le garçon et on lui dit : « Renonce à ta religion. » Il refusa. Le roi le confia à quelques-uns de ses hommes et ordonna : « Conduisez-le sur telle montagne ; grimpez jusqu’à son sommet. S’il renonce à sa religion, épargnez-le ; sinon, précipitez-le. »
Ils l’emmenèrent donc et gravirent la montagne. Le garçon dit : « Ô Allah, protège-moi d’eux comme Tu le veux. » La montagne se mit à trembler ; ils tombèrent et il revint, marchant, jusqu’au roi. Celui-ci lui demanda : « Qu’est-il advenu de tes compagnons ? » Il répondit : « Allah, le Très-Haut, m’en a délivré. » Le roi le remit alors à un autre groupe de ses hommes et ordonna : « Emmenez-le dans une barque, gagnez le large ; s’il renonce à sa religion… »
(1) C’est-à-dire l’aveugle de naissance.
(2) Litt. : la jointure de sa tête, c’est-à-dire le sommet du crâne.