Riyad al-SalihinAn-Nawawi

Et, la Révélation tardant encore (1), l’envoyé du Messager d’Allah ﷺ vint à moi et dit : « Le Messager d’Allah ﷺ t’ordonne de t’éloigner de ton épouse. » Je demandai : « Dois-je la répudier, ou que dois-je faire ? » — « Non, répondit-il, mais tiens-toi simplement à l’écart ; ne l’approche pas. » Le même ordre fut transmis à mes deux compagnons.

Je dis alors à mon épouse : « Rends-toi chez ta famille et reste auprès d’eux jusqu’à ce qu’Allah tranche à propos de cette affaire. »

L’épouse de Hilâl ibn Umayya se rendit alors auprès du Messager d’Allah ﷺ et lui dit : « Ô Messager d’Allah, Hilâl ibn Umayya est un vieillard désemparé qui n’a personne pour le servir. T’opposes-tu à ce que je le serve ? » Il répondit : « Non, mais qu’il ne t’approche pas. » Elle reprit : « Par Allah, il n’a ni désir ni force pour quoi que ce soit ; par Allah, il n’a cessé de pleurer depuis le début de cette affaire jusqu’à aujourd’hui. »

Quelques membres de ma famille me dirent alors : « Si tu demandais au Messager d’Allah ﷺ la permission concernant ton épouse, puisque celle de Hilâl ibn Umayya a été autorisée à le servir ? » Je répondis : « Je ne demanderai aucune permission au Messager d’Allah ﷺ à ce sujet ; qui sait ce qu’il dirait si je l’interrogeais, alors que je suis un homme jeune ! »

Je demeurai ainsi dix nuits de plus, si bien qu’au total cinquante nuits s’étaient écoulées depuis qu’il nous avait été interdit de parler à quiconque.

Le matin de cette cinquantième nuit, après avoir accompli la prière de l’aube sur la terrasse de l’une de nos maisons, j’étais assis dans l’état que Dieu — exalté soit-Il — a décrit de nous : l’âme oppressée et la terre elle-même devenue trop étroite, quand j’entendis la voix d’un crieur, juché sur le mont Salʿ (2), qui, de toute la force de ses poumons, lançait : « Ô Kaʿb ibn Mâlik, réjouis-toi ! » Je me prosternai aussitôt et compris que le soulagement était arrivé.

En effet, le Messager d’Allah ﷺ venait d’annoncer aux gens, juste après avoir dirigé la prière de l’aube, qu’Allah — Puissant et Majestueux — avait agréé notre repentir ; aussitôt, les gens partirent nous en porter la bonne nouvelle.

Certains se dirigèrent vers mes deux compagnons pour les féliciter, tandis qu’un cavalier piqua vers moi, qu’un homme de la tribu des Aslam courut de mon côté et qu’un autre grimpa sur la montagne ; la voix se montra plus rapide que le cheval.

Lorsque celui dont j’avais entendu la voix parvint jusqu’à moi pour m’annoncer la bonne nouvelle, j’ôtai mes deux vêtements et les lui offris en remerciement — par Allah, je ne possédais rien d’autre ce jour-là —, puis j’empruntai deux habits que je revêtis.

Je partis alors, me dirigeant (3) vers le Messager d’Allah ﷺ, tandis que les gens affluaient par groupes pour venir à ma rencontre.

(1) Autrement dit : la révélation venue ensuite tarda à confirmer l’acceptation de son repentir ; cela n’implique pas que la révélation se soit interrompue durant cette période. (2) Autrement dit : il est monté sur Sal‘, une montagne située à Médine. (3) Autrement dit : je le vise/lui fais face ; et fawj désigne un groupe de personnes.
وَاسْتَلْبَثَ الْوَحْيُ (١) إِذَا رَسُولُ رَسُولِ اللَّهِ ﷺ يَأْتِينِي ، فَقَالَ : إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ يَأْمُرُكَ أَنْ تَعْتَزِلَ امْرَأَتَكَ ، فَقُلْتُ : أَطَلَّقَهَا أَمْ مَاذَا أَفْعَلُ ؟ فَقَالَ : لَا ، بَلِ اعْتَزِلْهَا فَلَا تَقْرَبَنَّهَا ، وَأَرْسَلَ إِلَى صَاحِبَيَّ بِمِثْلِ ذَلِكَ . فَقُلْتُ لِامْرَأَتِي : الْحَقِي بِأَهْلِكِ فَكُونِي عِنْدَهُمْ حَتَّى يَقْضِيَ اللَّهُ فِي هَذَا الْأَمْرِ . فَجَاءَتْ امْرَأَةُ هِلَالِ بْنِ أُمَيَّةَ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ فَقَالَتْ لَهُ : يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنَّ هِلَالَ بْنَ أُمَيَّةَ شَيْخٌ ضَائِعٌ لَيْسَ لَهُ خَادِمٌ ، فَهَلْ تَكْرَهُ أَنْ أَخْدُمَهُ ؟ قَالَ : « لَا ، وَلَكِنْ لَا يَقْرَبَنَّكِ » فَقَالَتْ : إِنَّهُ وَاللَّهِ مَا بِهِ مِنْ حَرَكَةٍ إِلَى شَيْءٍ ، وَوَاللَّهِ مَا زَالَ يَبْكِي مُنْذُ كَانَ مِنْ أَمْرِهِ مَا كَانَ إِلَى يَوْمِهِ هَذَا . فَقَالَ لِي بَعْضُ أَهْلِي : لَوْ اسْتَأْذَنْتَ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ فِي امْرَأَتِكَ فَقَدْ أُذِنَ لِامْرَأَةِ هِلَالِ بْنِ أُمَيَّةَ أَنْ تَخْدُمَهُ ؟ فَقُلْتُ : لَا أَسْتَأْذِنُ فِيهَا رَسُولَ اللَّهِ ﷺ ، وَمَا يُدْرِينِي مَاذَا يَقُولُ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ إِذَا اسْتَأْذَنْتُهُ فِيهَا ، وَأَنَا رَجُلٌ شَابٌّ ! فَلَبِثْتُ بِذَلِكَ عَشْرَ لَيَالٍ فَكَمُلَ لَنَا خَمْسُونَ لَيْلَةً مِنْ حِينِ نُهِيَ عَنْ كَلَامِنَا . ثُمَّ صَلَّيْتُ صَلَاةَ الْفَجْرِ صَبَاحَ خَمْسِينَ لَيْلَةً عَلَى ظَهْرِ بَيْتٍ مِنْ بُيُوتِنَا ، فَبَيْنَا أَنَا جَالِسٌ عَلَى الْحَالِ الَّتِي ذَكَرَ اللَّهُ تَعَالَى مِنَّا ، قَدْ ضَاقَتْ عَلَيَّ نَفْسِي وَضَاقَتْ عَلَيَّ الْأَرْضُ بِمَا رَحُبَتْ ، سَمِعْتُ صَوْتَ صَارِخٍ أَوْفَى عَلَى سَلْعٍ (٢) يَقُولُ بِأَعْلَى صَوْتِهِ : يَا كَعْبَ بْنَ مَالِكٍ أَبْشِرْ ، فَخَرَرْتُ سَاجِدًا ، وَعَرَفْتُ أَنَّهُ قَدْ جَاءَ فَرَجٌ . فَأَذَّنَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ النَّاسَ بِتَوْبَةِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ عَلَيْنَا حِينَ صَلَّى صَلَاةَ الْفَجْرِ فَذَهَبَ النَّاسُ يُبَشِّرُونَنَا . فَذَهَبَ قِبَلَ صَاحِبَيَّ مُبَشِّرُونَ وَرَكَضَ إِلَيَّ رَجُلٌ فَرَسًا وَسَعَى سَاعٍ مِنْ أَسْلَمَ قِبَلِي ، وَأَوْفَى عَلَى الْجَبَلِ ، فَكَانَ الصَّوْتُ أَسْرَعَ مِنَ الْفَرَسِ ، فَلَمَّا جَاءَنِي الَّذِي سَمِعْتُ صَوْتَهُ يُبَشِّرُنِي نَزَعْتُ لَهُ ثَوْبَيَّ فَكَسَوْتُهُمَا إِيَّاهُ بِبُشْرَاهُ ، وَاللَّهِ مَا أَمْلِكُ غَيْرَهُمَا يَوْمَئِذٍ ، وَاسْتَعَرْتُ ثَوْبَيْنِ فَلَبِسْتُهُمَا ، وَأَنْطَلَقْتُ أَتَأَمَّمُ (٣) رَسُولَ اللَّهِ ﷺ يَتَلَقَّانِي النَّاسُ فَوْجًا
(١) أي : أبطأ الذي نزل بعد ذلك بقبول توبته . ولا يفهم من ذلك أن الوحي انقطع تلك الفترة . (٢) أي : صعد على ( سلع ) ، وهو جبل بالمدينة . (٣) أي : أقصده ، و ( الفوج ) : الجماعة .

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