à une prairie ombragée, parsemée de toutes les fleurs du printemps (1). Au milieu de cette prairie se tenait un homme d’une taille telle que je distinguais à peine sa tête, tant elle s’élevait dans le ciel. Autour de lui se pressait la plus grande foule d’enfants que j’aie jamais vue.
Je demandai : « Qu’est-ce que cela ? Et qui sont ceux-là ? » Ils répondirent : « Avance, avance ! » Nous avançâmes encore et parvînmes à un arbre immense – jamais je n’en avais vu de plus grand ni de plus beau. Ils me dirent : « Monte. » Nous y grimpâmes et atteignîmes une cité bâtie de briques d’or (2) et d’argent.
Nous nous présentâmes à la porte de la cité, en demandâmes l’ouverture ; on nous l’ouvrit et nous y entrâmes. Des hommes vinrent alors à notre rencontre : la moitié de leur apparence était d’une beauté incomparable, l’autre moitié d’une laideur extrême. Ils leur dirent : « Allez vous plonger dans cette rivière. » C’était un cours d’eau qui traversait le lieu, dont l’eau, d’une blancheur laiteuse, s’écoulait. Ils s’y jetèrent, puis revinrent vers nous ; toute leur laideur avait disparu et ils étaient maintenant d’une beauté parfaite.
Ils me dirent : « Voici le Jardin d’Adn (3), et là se trouve ta demeure. » Je levai alors les yeux et aperçus un palais semblable à un vaste nuage blanc. Ils ajoutèrent : « C’est ta demeure. » Je leur dis : « Qu’Allah vous bénisse ; laissez-moi donc y entrer. » Ils répondirent : « Pas pour l’instant, mais tu y entreras bel et bien. » Je repris : « Cette nuit, j’ai vu des choses vraiment étonnantes ; qu’est-ce donc que tout cela ? » Ils dirent : « Nous allons te l’expliquer.
– Quant au premier homme que tu as vu, la tête fracassée par une pierre, c’est celui qui reçoit le Coran puis l’abandonne et s’endort en négligeant la prière obligatoire ;
– quant à l’homme dont la commissure de la bouche, la narine et l’œil étaient fendus jusqu’à la nuque, c’est celui qui sort le matin de chez lui et profère un mensonge qui se répand aux confins du monde (4) ;
– quant aux hommes et aux femmes nus que tu as vus dans une construction pareille à un four, ce sont les fornicateurs et les fornicatrices ;
– quant à l’homme que tu as vu nager dans la rivière et qu’on gavait de pierres, c’est le consommateur de ribā (l’intérêt usuraire illicite) ;
– quant à l’homme au visage repoussant, près du feu qu’il attisait en tournant autour, c’est Mālik, le gardien de Jahannam (l’Enfer) ;
– quant au grand homme que tu as vu dans la prairie, c’est Abraham – paix soit sur lui,