ils étaient un peu plus de quatre-vingts hommes ; le Prophète accepta leur repentir public, leur renouvela l’allégeance, implora pour eux le pardon et confia le secret de leurs cœurs à Allah, le Très-Haut, jusqu’à ce que je me présente. Lorsque je saluai, il me rendit un sourire où perçait le mécontentement (1), puis dit : « Approche. » J’avançai donc et m’assis devant lui. Il me demanda : « Qu’est-ce qui t’a retenu ? Ne t’étais-tu pas procuré ta monture (2) ? »
Je répondis : « Ô Messager d’Allah, par Allah, si je m’étais trouvé devant quelqu’un d’autre que toi parmi les gens de ce bas monde, je me serais cru capable d’échapper à sa colère grâce à une excuse ; l’éloquence m’a certes été accordée (3). Mais, par Allah, je sais que si, aujourd’hui, je te disais un mensonge qui te satisferait, Allah ne tarderait pas à susciter contre moi ton indignation ; et si je te dis la vérité, tu seras peut-être en courroux contre moi (4), mais j’en espère la bonne issue auprès d’Allah, le Puissant, le Majestueux (5). Par Allah, je n’ai aucune excuse ; par Allah, jamais je ne me suis trouvé ni plus fort ni plus à l’aise qu’au moment où je suis resté en arrière. »
Le Messager d’Allah ﷺ déclara alors : « Quant à celui-ci, il a dit la vérité. Lève-toi jusqu’à ce qu’Allah décide de ton sort. »
Des hommes des Banû Salama se mirent en marche et me suivirent. Ils me dirent : « Par Allah, nous ne t’avons jamais connu coupable d’aucune faute avant celle-ci ! Tu n’as même pas su présenter au Messager d’Allah ﷺ les mêmes excuses que les autres retardataires ; il t’aurait pourtant suffi que le Messager d’Allah ﷺ implore le pardon pour toi. » Par Allah, ils n’arrêtèrent pas de me blâmer (6) au point que j’envisageai de retourner auprès du Messager d’Allah ﷺ pour me rétracter. Je leur demandai alors : « Quelqu’un d’autre a-t-il connu le même sort que moi ? » Ils répondirent : « Oui, deux hommes ont vécu la même chose que toi ; ils ont tenu les mêmes propos et ont reçu la même réponse que toi. » – « Lesquels ? » demandai-je. – « Murâra b. Rabîʿ al-ʿAmrî et Hilâl b. Umayya al-Wâqifî. » On me cita ainsi deux hommes vertueux qui avaient pris part à Badr ; j’y trouvai un exemple à suivre et poursuivis aussitôt mon chemin.